Citations

"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement

"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia

mercredi 21 décembre 2011

Marie, Episode 5 : divagations



Elle arrive, essouflée, au bord des quais de Seine, surprise de constater où ses pérégrinations l'ont à son insu menée. Les rues sont animées. Les terrasses des cafés bordant le fleuve projettent leurs lumières dans l'onde calme et plate, toujours égale à elle-même. Un ronronnement se fait entendre, celui que produisent tous ces gens, à la fois si proches et si loin d'elles, qui se sont retrouvés là, dans ces lieux de la vie nocturne. Des éclats de voix, des rires invétérés lui parviennent, sans que cela produise quelque effet en elle, elle qui se sent si étrangère à tout...
Il n'est pas si tard que ça. Minuit, une heure du matin peut-être? Elle regarde sa montre : vingt-trois heures. Un désespoir la prend, à la conscience du temps qui ne passe pas pour elle. Elle pensait s'être réveillée en pleine nuit, mais non : celle-ci commence à peine. Attendre, encore, que s'égrainent lentement les minutes, les heures dépeuplées. 


Les propos de son amie tourbillonnent dans sa tête. Le souvenir de cette conversation oubliée ne l'a plus quitté depuis sa réminiscence. La scène se répète inlassablement. Sa course folle à travers la nuit n'aura été qu'une trêve de courte durée.
"Tu ne t'intéresses à rien d'autre qu'à tes bouquins", lui a dit Camille. Bouquin. Elle déteste ce mot, bouquin. D'abord parce que sa consonance nasillarde lui est désagréable. Ensuite parce qu'il est laid, moqueur, parce qu'il ternit et salit presque ce qu'il désigne. Bouquin. Elle lui trouve un aspect grotesque, ridicule, du fait de sa ressemblance avec le terme "bouquetin". Animal agile, certes, mais sans être gracile, et qui surtout dégage une odeur âcre d'excréments. Quelle horreur ! Elle frissonne. C'est une véritable injure à ses livres qu'elle affectionne tant. A la réflexion, c'est peut-être ce qui l'a le plus intimement blessée dans cette conversation, que ce mot "bouquin", vécu comme une injure, une humiliation et une méconnaissance totale de ce qui l'anime. 
Les livres sont la vraie vie, pense-t-elle. Ils sont la vie rêvée, celle que l'imagination permet, tellement plus importante que les tracas du quotidien, parce qu'elle est ce qui la rapproche le plus de ses aspirations. Jamais elle n'est parvenue à une si grande connaissance, à une si grande compréhension de la vie, des autres, d'elle-même, qu'au-travers des oeuvres de fictions. Ces histoires la transportent parce que derrière la trame narrative est livrée l'analyse parfois intuitive que fait l'auteur des évènements, des vécus, des coïncidences, des rencontres, de ce qui fait le sens de l'existence. La lecture est pour elle une expérience totale. Elle s'y abîme, s'y oublie complètement. S'imprégnant de la vie des autres, elle fait de longs et merveilleux voyages. Elle habite alors un autre corps, d'autres lieux, épouse avec une déconcertante facilité une identité nouvelle, une intimité autre. Jamais, dans la vie réelle, elle n'a tant vibré, tant aimé, tant rit, tant pleuré même. Les émotions que lui procurent ses lectures sont d'une intensité jamais égalée, d'une pureté sans pareille. Son existence à elle est faite de ressentis, parfois très forts, mais le plus souvent ténébreux, informes, inconnus, incompréhensibles, se manifestant par un mal-être de degré variable, duquel elle se protège par une indifférence généralisée à tout ce qui l'entoure. Ces récits écrits par d'autres donnent une forme à ses sensations, modèlent ses impressions. Ils la rassurent, parce qu'ils lui indiquent que penser, que croire, que faire. Elle n'a qu'à s'y fier aveuglément et laisser son imagination s'en emparer totalement. C'est alors qu'images, sons, odeurs, l'emplissent et lui font oublier complètement sa propre existence, à laquelle elle accorde si peu de crédit.

vendredi 16 décembre 2011

Mélancolie



Douce mélancolie

Lentement s'insinue

En armes retenues.




Habillée de supersititions infimes,

J'en bois le fiel jusqu'à la lie...

En infirme se mue l'intime.

vendredi 25 novembre 2011

Hector, Episode 1

Dans l'ombre invisible et clémente, il s'avance. Il soupire après cette femme depuis si longtemps que c'en est devenu indécent. La voici, légère et fruitée, presque à sa portée, si lointaine cependant... Comme à l'habitude, elle ne le voit pas. Un an maintenant qu'il la suit, la piste, la traque jusque dans le moindre recoin de ses habitudes. Il sait tout d'elle, elle ignore jusqu'à son existence même. Quelle folie... Lui qui était si calme, si placide, si rangé, et dont le coeur battait juste ce qu'il fallait pour irriger son organisme.
La voici qui ferme sa voiture à clé et se dirige vers l'ascenseur qui la mènera à l'air libre, et libérera ses poumons des vapeurs de gaz d'échappement et d'essence - et, soyons honnête, d'urine ! - qui émanent du parking. 
"C'est le moment !", se dit-il. 

mercredi 23 novembre 2011

Did you feel the same?

I liked you the very first time I saw you,
Your look and your smile made me melt inside,
How glad was I when you took interest in me...
Did you feel the same?

Liked you even more the second time,
Was so troubled when I looked at you in the eyes,
But how delightful and exciting it was...
Did you feel the same?

Loved our very first night, being so close,
Feeling your body and your warmth against me,
You being here was the only thing I was wishing for...
Did you feel the same?

And how sweet was our second night,
It felt so good when you hold me in your arms
That I couldn't get any sleep this time either...
Did you feel the same?

I feel right, I feel light, I feel free
I feel strong, I feel touched, I feel warm
I'm falling for you, are you falling for me too?

You know you have killing eyes
So be carefull with my heart.

Come to me

If you feel me around when I'm not there
If you can hear my voice in the silence
If you see me smiling in the dark
Come to me my darling, come to me my love.

If you hear me crying in the cold, cold night
If you hear me calling you in despair
If you know i'm no good when I'm away from you
Please come to me my darling, please come to me my love.

If you ever feel sad or hurt or lonely,
If you ever need a place nice and quiet
A caring and discreet presence to rely on
Come to me my darling, come to me my love

Let me heal your bruises and take your pain away
Being there for you is the only thing I'm good at
Being there with you is the only thing I'm longing for
Let me come to you my darling, let me come my love.

Break-up

He pops up into my mind
First thing in the morning,
And yet he's gone.
Miss him so bad everyday,
Feeling so sad and miserable,
And yet he's gone.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

And I keep wondering
If he ever thinks about me...
I thought I was special to him,
Obviously I was just fooling myself.
When it hurts too bad I take a razorblade
And cut my skin, wishing it was his.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

Although he wasn't the good-looking type,
At the time it felt right, warm and safe.
He had the face of an asshole,
His body was a wreck, flesh all flabby
And skin spreading everywhere,
At the time I was proud not to care.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

I felt so confident right away
Thought he was caring and attentive
When he was being overwhelmingly intrusive.
He acted like he knew everything
About me, my life, my choices
Like he could read my mind.

I can't believe I'm still crying,
I can't believe he's gone for real.

He was so self-assured and arrogant,
I felt so little around him,
Awfull, empty, meaningless,
Let him took away so much.
He brought the fragility out of me...
Well, he really fucked me up.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

And now that he's gone
I found my old self back.
Me, myself and I, we get along
Quite well, and life's good again.
Desire, hope, enlightenment,
I do enjoy myself.

I can't believe I was crying
I'm so much better off without him.

And I'm the one with problems
Guess what, I bet you'll never fuck
Someone as hot as I am.
I wish you years of shitty sex
Hope you'll be bored to death
And have to think about me to come.

I can't believe I was crying
Over such a failure.

vendredi 18 novembre 2011

Déliquescence

L'ombre d'une flamme lèche l'aura
Encore dorée d'un ange déchu
Qui, par de derniers soubressauts mû,
Tente en vain de rassembler ses éclats.

En tourbillons intérieurs il s'abîme,
Ineffable douleur d'une tristesse contenue,
Ne montrant que des signes infimes
D'un mal qui se voudrait sans retenue.

Inerte et infirme de son être,
La colère le hante et le ronge.
Il s'en imbibe tel une éponge
Mais n'en laisse rien paraître.

Il n'a pu l'endiguer et elle a fuit par ses pores
Cette haine qui l'habite et le dévore,
A sa propre perte le menant
Et sa chute précipitant.

Terrassée par son propre tourment,
Son âme intimement souillée convulse,
Et, vouée à un éternel étourdissement,
Du chaton où elle était sertie se révulse.

Je contemple cet ange foudroyé
Par son destin, rabaissé au rang humain.
Je songe aux peines qu'il a endurées
Et pleure en songeant à ses lendemains.

vendredi 11 novembre 2011

Sombre chambardement



Etau resserré, acéré de mes désirs
De vivre je ne voulais que le rire
Mais peut-on avoir le meilleur sans le pire ?


Angoisse futile, sans relâche cependant.
Une nervosité douloureuse me prend,
Etreinte morbide, aux douceâtres et fétides relents.


Hachés menus, mes idées, mes pensées
Se délitent en un furieux torrent entaché
D'horreur, de haine, de culpabilité.


Il charrie dans son lit l'intime déchirure annonçant
La menace impromptue d'un anéantissement sans précédant, 
Révélant mon être insignifiant dans ses éclats béants. 

mardi 1 novembre 2011

Automne



A l'ombre des arbres mordorés,
Des génies endormis poussent de délicieux soupirs,
Des géants exubérants chantent en éclats de rire,
Des fées enivrées virevoltent en une folle farandole.
Les voici à l'accoutumée réunis en une harmonie bigarrée,


Tels les feuillages timorés
Ocres, orangés, verts, bordeaux, écarlates, dorés.
Sous l'effet des soupirs les feuilles commencent à frémir,
Les chants les font bruire, et les rires tonitruants choir
En une spirale semblable à la ronde féerique et folle.


Bientôt se répand une neige flamboyante,
Et des milliers de paillettes incandescentes
Disséminées deci-delà, parsèment le paysage.
Les branches dénudées, ainsi allégées
Se dressent plus sûrement vers les cieux


D'où s'extirpera bientôt la sorcière de l'hiver.
Chassant génies, géants et fées, elle changera
Le roux manteaux en un tapis putrescent 
Où grouilleront des milliers de petits êtres
Dégoûtants, préparant le printemps.


Perfect love



Wouldn't it be nice to go up to the sea
To watch the waves and the sky
The wind whispering, the birds flying
And at the end of the day,
The sun in disguise bend for us.


Wouldn't it be nice to live our lives like this
Just you and me alongside the ocean, 
With seagulls, fishes, otaries maybe to keep us company.
And at the end of the day, 
Retrieve in our small, comfy and warm house. 


I would spend the day dancing with the waves
You would write your music just listening to the wind
We would be together all day long, all life long,
Perfection of nature reflecting the perfection of our love,
Becoming one with the universe, experiencing perfect harmony. 


We would feel the light of the sun, the smallness of the sand
And be mooved by things as if they were us .
And after spending years crying tears of joy, 
We would be so filled with beautiness 
That it'll feel like suffocating with happiness.


And then time would start to lay upon us
I would get hyperemotive, touched by the littlest things
You would get closer and closer to nature
We would imperceptibly start to loose ourselves
And it'll all become a burden to share. 

jeudi 20 octobre 2011

L'automne, joyeuse endeuillée...


Voici revenues les belles journées d’automne. Le soleil, énorme orange émergeant dans la brume, nimbe les champs labourés d’une douce lumière rousse. A perte de vue ils s’étendent, parsemés de petits bosquets. Deci delà, de légers nuages de brouillard flottent tels des baisers que le ciel, se penchant avec sollicitude sur la terre, y aurait déposés.

Voici revenue la belle automne, parée de son manteau cuivré et de son léger voile embrumé. Passés les verdures florissantes aux couleurs criantes, le soleil de plomb, les lumière crues. Terminées les chaleurs harassantes, la lourdeur des nuits étouffantes et agitées.
Les hautes herbes ont fané, enlisées sous le tapis des feuilles qui chutent en un tourbillon d’ocre, d’orangés, de verts passés, de marrons terreux. Le bruissement du vent qui agite les feuillages fanés murmure l’oubli de ces journées qui n’en finissaient plus. Le soleil chatoyant inonde le paysage d’une lumière rase et douce. 
L’automne a enterré l’été, joyeuse endeuillée. Fraîche et légère, elle célèbre allègrement le passage du temps, dispersant ses paillettes d’or et de zinc. Les feuilles chutées se muent lentement en humus, préparant déjà le retour du printemps.

Je m’en vais ravie, le cœur léger, marcher sur ses tapis illuminés, revigorée par l’air frais et vivifiant et la caresse douce et apaisante que le soleil dépose sur ma joue.
A la nuit tombée je retrouverai la quiétude du logis. Je goûterai la lueur chaude de la bougie, le plaisir de s’emmitoufler, de se lover sous la couette diffusant sa chaleur engourdissante. Le murmure du vent et le chant de la pluie battant les carreaux me porteront jusqu’au sommeil. 

mercredi 19 octobre 2011

Rêves



Je suis malade de trop de rêves,
De rêves endigués, endimanchés, engoncés,
D'imposantes idéalités
Qui ne me laissent aucune trêve.


Rêves d'enfants
Trop longtemps refoulés,
Cris d'impatience
Trop longtemps étouffés
Se sont mués en de monstrueuses espérances.
Une panse ainsi enflée de désirs rances
Répand son fiel, douce souffrance.


Blêmissant sous le poids des ans,
Je me sens tout à la fois
Trop juvénile, et sénile déjà.
J'ai peine à avoir foi
En mon être dépourvu d'aura,
Trop d'années gâchées, écoulées lentement.


Je ne sais rien et c'est mon drame
Je voudrais être cette femme qui haut et fort déclame,
Le regard assuré, la ferme droiture de sa pensée.


Mais ma tête évidée, mon coeur écorché
Me révèlent des beautés invisibles.
Mon âme, avide abîme, sonde,
Furette et s'emplit du monde.
Mes sens poreux, sensibles à des charmes indicibles,
Mon esprit malléable, épousant les formes de la nature,
Me sont douce folie qui me nourrit de ces essences pures.

mardi 11 octobre 2011

Sept années



Sept années sont passées...
Sept hivers bien comptés,
Sept printemps esseulés,
Sept étés en fumée,
Sept automnes endeuillés.

De ces sept années étoilées,
Judicieusement étalées
Sous la voûte céleste,
En rassembler les restes...

Et estomper les pluies battantes et les denses brumes
Réinventer l'océan déchaîné par les vents
Egrainer les dunes, les immoler d'humus blanc
Renouveler du soleil les caresses de plume.
Fleurir et épanouir les tendres pensées
En éclats de rire, sans ombre insuffler.

samedi 8 octobre 2011

Sadness



Bad dreaming in the morning,
Self sickness in the afternoon,
Missing you bad in the evening.

I thought I needed someone,
Thought I needed you to be what I wanted,
Thought I needed you to be me,
Thought I needed you to be.

As a matter of fact, I just needed to be good to myself. Now I’ve grown on my own.
Sadness is rising as I’m wondering how I could live in disguise for such a long time.


« Vibrations », Compagnie 14 : 20

Spectacle de danse, jonglage, magie, vu le 8 octobre 2011 au théâtre Romain Rolland à Villejuif.


Le spectacle se déroule dans l’obscurité. Une balle qui descend lentement du ciel et atterrit délicatement au sol, telle une bulle de savon, ouvre chaque tableau.

Premier tableau : Un homme, allongé au sol qui s’élève. Il est doté d’une perche, qu’il fait voltiger, avec laquelle il évolue. Infinie légèreté.
L’obscurité tombe, véritable rideau de scène.
C’est maintenant une femme qui à la place de l’homme qui était là encore quelques secondes auparavant. Elle aussi se meut comme en apesanteur. Mouvements émouvants : lents, décomposés mais d’une fluidité étonnante, temps suspendu.
Obscurité. On garde en mémoire la dernière image de la danseuse, encore en plein mouvement. Etonnant phénomène que celui de la persistance rétinienne !
La présence alternée du danseur et de la danseuse se partagent la scène. Corps en lévitation, flottant, ondoyant, tournoyant, comme évoluant dans le Léthé. Magnifique et très émouvant.

Second tableau : « Où je vais, quand je disparais ? » interroge une voix féminine.
Un homme accroupi dans une semi-obscurité, des balles qui s’élèvent, il les rattrape une à une. On le devine plus qu’on ne le voit, son ombre se dessine sur le fond bleu qui diffuse une douce lumière.
Puis l’obscurité se fait totale et les balles lumineuses dessinent des constellations, des trajectoires, se multiplient, tournoient, voltigent, ondulent. Seul le mouvement est visible, étrange désincarnation du jongleur dont la présence habite cependant véritablement la scène. Je l’imagine déferler comme les balles qu’il fait vivre avec tant de dextérité.

Troisième tableau : Un danseur, dont une partie de l’ombre se projette sur l’écran du fond de scène comme en ombre chinoise. Filmée d’un point de vue changeant, et selon des perspectives bien particulières, son ombre dessine autre chose que sa danse à lui. Jolie et étonnante mise en abîme. En bande-son, une rumeur ambiante : la vie est là, quelque part. Le danseur n’est pas hors-monde, mais sa solitude est angoissante. Ombres distordues, angoissantes, qui me rappellent mes terreurs d’enfance. Une main géante grandissante semble le repousser et le rapetisser.
Son ombre est ensuite projetée sans distorsion, il semble danser avec lui-même… Puis dans un moment d’immobilité, sa silhouette claire se détache sur l’écran devenu foncé, lui-même placé dans l’obscurité devient sa propre ombre. Alter ego et rapport à soi, étrangeté familière et dérangeante… Puis une femme apparaît, double féminin qui se fait son ombre.
Puis il disparaît et elle évolue seule. Elle frappe dans ses mains, et une fumée bleue fixe l’empreinte de son corps. Elle danse dans la trace de ses mouvements antérieurs, comme si son âme quittait son corps, puis le réintégrait.
C’est ensuite son hologramme qui apparaît, puis se multiplie. Enfin la voici avec une multitude d’images d’elles-mêmes, foule des femmes qui la composent, femme du passé, femmes de son passé.

Je est. Je est autre. Je est foule.
La beauté est en toute chose. La vraie vie réside dans le monde invisible.

L’alliage entre les différents arts et techniques est parfait. Danse, jonglage, lecture de textes, musiques, bruits, se mêlent et s’intriquent les uns aux autres pour produire un spectacle d’une magnifique cohérence. La recherche artistique et esthétique est véritablement au service du sens. J’en sors riche d’émotions, d’impressions, d’images magnifiques et magiques, avec un goût renouvelé pour la vie, et une seule envie : y retourner ! C’est bien dommage que mon porte-monnaie ne me le permette pas… J’aurais bien savouré de nouveau chaque instant, goûté chaque mot, me serais bien émerveillée de plus belle et laissée entraîner par la beauté et l’émotion.

Les dates de la tournée, c'est par ici :

jeudi 6 octobre 2011

Marie, Episode 4 : L'échappée nocturne


Sans réfléchir elle enfile rapidement son gros gilet de laine et claque la porte. Dehors l’air a fraîchi, mais c’est à peine si elle le sent. Elle se met à marcher, vite, sans prendre garde à ce qu’il y a autour d’elle. Dans un premier temps, elle se précipite, hagarde, le regard vide, trébuche plusieurs fois et manque de tomber. Elle se heurte même à un poteau, un de ceux qui vous arrivent perfidement à hauteur du bassin. Puis elle règle ses pas, et le balancement régulier de leur cadence soutenue finit par libérer son esprit et les pensées commencent à affluer.
Elle se souvient de cette stupide dispute avec son amie Camille. A propos d’un garçon. Ou plutôt non, il s’agissait de ce que lui avait dit Camille… Camille était toujours à parler de garçons de toutes façons, et Marie était lassée d’écouter ce qui lui semblait être le ressassement de la même histoire sans cesse renouvelée. Ce matin, particulièrement mal disposée, elle avait laissé fuser une réflexion désagréable, dont elle ne se souvenait même plus maintenant. C’est alors que Camille lui avait dit, piquée au vif mais sans se départir de son calme habituel :
- Marie, c’est difficile d’être amie avec toi… tu ne veux jamais écouter ce que j’ai à dire, tu ne t’intéresses à rien d’autre qu’à tes bouquins… Je sais que c’est difficile pour toi, mais pourquoi est-ce que tu ne t’autoriserais pas à vivre, un petit peu ? Ça me fait de la peine de te voir ainsi, et je ne peux rien faire pour toi parce que tu ne me laisses pas la possibilité de pouvoir faire quoi que ce soit.

Marie aime le charme délicat de la nuit, cette étrange impression que tout peut arriver, comme ce soir… Elle aime la fraîcheur nocturne qui efface les odeurs de la journée. Elle aime le calme particulier des rues désertées qui transforme la ville. Elle aime même croiser ces gens désorientés dont la vie semble à la fois misérable et extraordinaire – SDF, alcooliques et drogués en tout genre, vieux ou jeunes, hilares ou mélancoliques, défoncés ou ivres morts, emmurés dans leur crasse, ou braillant à tue-tête d’obscurs propos.
Ce n’est qu’à cette heure nocturne que lui reviennent ces paroles oubliées aussitôt entendues, plus vives que jamais, et ce n’est qu’à cet instant qu’elle en ressent la portée. Elles aiguisent sa douleur, qu’elle met pourtant tant d’efforts à essayer d’éteindre, d’étouffer. Marie sait bien ce qui la fait souffrir, lentement, continuellement, et ses tentatives d’y échapper l’y ramènent sans cesse. C’est le sentiment de courir toujours après quelque chose qu’elle n’atteindra jamais : une beauté très particulière, qui se reflète parfois en certaines personnes, en certaines choses, en certains instants.
C’est une aura qui anime et illumine la fille blonde, aux cheveux relevés, au sourire franc et doux, aperçue dans la rue tout à l’heure. C’est la lumière orangée de ce lever de soleil un matin d’automne particulièrement chaud, qui embrase le ciel, qui inonde la rue, qui transfigure tout ce qu’elle touche. C’est l’ombre d’un filet de protection en plastique planté le long d’un trottoir pour délimiter les frontières d’un chantier, qui ondule sur le bitume, devenant mer et dunes. C’est le regard doux et pénétrant d’un jeune homme croisé la semaine passé, dans lequel elle avait l’impression de pouvoir se perdre en un frisson… C’est quelque chose de si difficile à cerner, une qualité qui s’incarne en de rares personnes, en de rares objets, en de rares évènements. Cela se loge dans l’essence même des êtres et des choses, comme si elles étaient habitées de la même âme.
Elle n’est pas même sûre que les autres aient accès à cela… Elle craint d’être la seule à pouvoir le voir, ce qui par moments lui fait terriblement peur, peur d’être folle, et à d’autres, la met dans un état d’exaltation extrême. Quête infinie et vouée à l’échec, puisqu’elle ne cherche pas obtenir, ni avoir, ni même posséder, mais être. Elle souhaiterait devenir cette aura si spéciale, être enveloppée et rayonner de cette beauté mystérieuse. Elle souhaiterait se transformer, en être transfigurée, réincarnée. Cette qualité qu’elle peut voir sans saisir sans cesse lui échappe, et cette fuite lui est douloureuse, comme si elle perdait à chaque fois un petit bout d’elle-même, jusqu’à avoir envie d’en mourir.
Et cette douleur l’envahit au point de ne plus laisser place à quelque pensée, à quelque autre sensation. Il n’y a plus que ce déchirement intense et lancinant qui la traverse de part. Elle se met à courir de plus en plus vite, à fuir, à s’enfuir. Sa respiration se fait haletante, puis rauque, mais elle ne sent ni la brûlure dans ses poumons, ni la chaleur qui se répand dans les muscles de ses jambes, ni le sang qui afflue et comprime son visage, et menace de faire exploser sa tête.
Elle dévale les rues en enfilade, dans un étonnant silence… Le bruit de ses pas se fond dans la nuit, seul le sifflement de sa respiration résonne discrètement, s’élève tel l’air tiré d’un flutiaux enroué tandis qu’elle file, légère…

samedi 1 octobre 2011

Sourire criant


Une étrange beauté l’attire
Comme un aimant
Quelque chose qu’elle ne peut saisir
Eperdument
Pas plus définir que circonscrire
Instamment
Qui dans ses palabres s’étire
Spontanément.
Ephèbe d’ébène qui pleure sa peine si goulûment.




jeudi 29 septembre 2011

Childhood



A very needy child, a very lonely child
Wanking down the hill, living in an aside,
Her mind wandering, blank-minded not blacked out.
Memory, Hope, Joy
Fading away, falling apart, blowing off.

She dag a big black hole into her heart to bury her secret deep inside,
But it had no bottom and the poison kept spreading
Into her whole body, irrigating her limbs, flushing her brain.
Rejection became her greatest fear.
Knowing her was hating her, the abnormal child,
Goat escaping in the mountain, messenger of a faded human race.
What she’s told worths nothing and nothing ever makes sense.
She slips in the sand, climbs in the sky, runs in the dark
Waiting for exhaustion but never getting to that point.

Longing for something to happen, for someone to come for her
Life goes on with its brightfull colors
But darkness lies deep inside, mean thoughts, a desire of hate.
She could build no suit of armour, nor carapace, nor shell, nor pod,
The angst remained, the fear, the gloom.
Broken from the inside, some kind of a monster is growing there.
She took loneliness as a painful refugee,
Living her life in disguise, always wearing a mask
Walking deadly alongside the moonpath,
Fearing that she could die of shame and desperation,
Filthy princess in the tower, soiled soul kept quiet. 
Guilt has rotten her from the inside, hidden conviction that she is pure evil.
She’s learnt to be proud of her fake strength
While something inside her keeps on threatening to collapse
But it never does…
Trying to hide her shame, she ended up hiding herself.

For years tears kept apart can never flow away freely
Then suddenly anger manages a way out


mercredi 28 septembre 2011

Marie, Episode 3 : Paulo



Soudain elle presse le pas puis se met à courir, remonte l'avenue, de plus en plus vite s’engouffre dans une enfilade de rues, et arrive en bas de chez elle. Elle s'arrête un bref instant, le sang cogne contre ses tempes. Sans laisser à son corps le temps de s'apaiser, elle entame l'ascension de l’escalier, gravissant les marches quatre à quatre. Les étages se succèdent un à un, jusqu’au dernier. Passé le seuil de sa chambre de bonne, elle se jette sur son lit.

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle se rend compte que toutes ces contrariétés lui ont fait oublier l'objectif de son expédition : ses emplettes au marché. Le mal qu'elle a eu à surmonter son dégoût de sortir, la dispute avec son amie, la foule qu'elle a côtoyée et qui l'a rudoyée sans pitié, la vieille qui lui a fait si peur, tout cet écœurement ressenti au contact de tant de monde, de tant de nourriture, de tant de bruit, de tant de vie, n'aura servi à rien. Tout ce temps, pour rien. Il n'y a plus qu'à recommencer... Des larmes d’énervement, de rage et de honte se mettent à couler lentement le long de ses joues, tandis que l'envahit le sentiment paralysant de sa propre inconsistance. Elle se recroqueville sur elle-même, s'enroule dans sa couette et s'endort brusquement, les joues encore humides.

Quand elle se réveille, la nuit est tombée, métamorphosant la pièce. En bruit de fond, on entend le ronflement du réfrigérateur. La lumière des lampadaires qui filtre à travers les carreaux s'y reflète, générant un éclat blanc métallique qui se répand dans toute la pièce. Le réfrigérateur... On ne voit plus que lui, monstre au ventre replet. C'est qu'il occupe une place de choix, trônant au milieu de la pièce, le long du mur principal. Où que l'on se tienne dans cette petite chambre, c’est vers lui que converge le regard : du le seuil de la porte d'entrée, en face, ou des cabinets, à gauche, ou de la petite salle de bain sur la droite, aussi bien que du lit qui ne s'y trouve qu'à quelques pas. 
Justement, la voilà qui se lève et franchit allègrement les quelques mètres qui l'en séparent. Elle ouvre vivement la porte, une lumière blafarde s'en échappe et se répand sur ses cheveux, les parant d'une auréole hâve, ainsi que sur son visage, en accentuant tous les traits. Le front lisse et bombé semble briller, le nez, fin, droit, s'allonge démesurément au dessus des lèvres délicates, fines, aiguisées. Le menton, au bout de son cou tendu, pointe vers les entrailles métalliques de l’appareil, et ses yeux grands ouverts en scrutent l'intérieur : 

- Alors, Paulo, murmure-t-elle, qu'as-tu pour moi aujourd'hui?
Des dizaines de pots de yaourt nature bleus, scrupuleusement alignés en rangées parfaitement similaires, occupent toutes les étagères. Un bref frisson la traverse. Une moue de déception creuse ses joues plus qu’à l’habitude. Un charme étrange émane de son visage si fragile, peut-être dû au regard qui l'anime, tantôt vide, glissant sur les choses, comme si rien ne pouvait l'atteindre, tantôt perçant, presque agressif et disséquant.




Marie, Episode 2 : Le marché



Marie, elle, a continué sur sa lancée sans se retourner. Les quelques larmes d’énervement qu’elle a laissé échapper ont déjà séché, laissant sur ses joues des sillons salés et une sensation sèche et désagréable. Concentrée sur les mouvements qu’elle imprime à son corps, son esprit se calme. Elle oublie peu à peu. Elle oublie la discorde avec son amie, et jusqu’à leur rencontre même. Elle se dirige vers le marché, où elle avait prévu de faire quelques achats.

Dans la rue, elle marche. Les gens qu'elle croise, qui la frôlent presque, tant la foule est dense, elle ne les voit pas. Elle se laisse envahir par le brouhaha incessant qui couvre le bruit de la circulation. Dans cette demi-conscience du monde qui l'entoure, peu à peu, elle se sent bien : absente par la pensée, présente par son corps seul. Prenant part à la foule qui l'entoure, elle se sent, parmi ces étrangers, un peu étrangère à elle-même dans l'étourdissement que cela lui procure. Les pensées vagabondent, lui traversent l'esprit sans se fixer, sans se construire, fuyantes et éphémères. Un peu hébétée, elle goûte l'absence de douleur sans pour autant ressentir de véritable plaisir à être là.
Dans la rue, elle marche, sans autre objectif que la recherche de ces sensations, qui en ce moment précis lui rendent l’existence supportable.
« Mais enfin, Mademoiselle, faites attention ! »
En une fraction de seconde, ce fragile équilibre se rompt. Une petite bonne femme aux cheveux blancs permanentés, au dos voûté et à l'air indigné, la regarde du haut de son mètre quarante-cinq bien tassé. A ses pieds, un panier en osier a vomi son contenu : un morceau de viande sanguinolent qui s'échappe d'un papier d'emballage déchiré, des fraises écrabouillées contre leur barquette en plastique transparent, de la crème qui, non contente de s'être répandue par dessus le tout, dégouline jusque sur le bitume.
Un peu écœurée par cette vision, elle en oublie d'abord de s'excuser auprès de la vieille dame. Passé le premier moment de stupéfaction, elle se tourne vers elle pour maugréer un « désolée » de circonstance, mais la vision du visage de vieille qui s'impose à elle, avec son sourire édenté et une pointe de salive séchée à la commissure gauche de ses lèvres, la pétrifie. Les yeux vitreux, sertis dans leur orbite par des milliers de petites rides, la fixent sans ménagement. Son regard à elle plonge dans les plissures de la peau, qui partent du contour de l’œil, s'étendent jusque sur la joue qu'elles traversent de part en part, avant de se jeter dans les bajoues mollement avachies sur un cou dont la peau n'en finit pas de plisser et de s'affaisser. Elle ressent un mélange de terreur et de fascination au spectacle de ce visage, si déformé par le temps qu'il lui semble presque irréel.
« Mais quelle bécasse ! je ne sais pas, moi, dites quelque chose, aidez-moi à ramasser tout ça ! »
C'est sur la voix, maintenant, que se concentre toute son attention. Une voix à la fois stridente et chevrotante, caverneuse, qui prend des flexions et des intonations qu'elle n'avait jusque-là entendues que dans de vieux films en noir et blanc.

Ayant repris ses esprits, elle ramasse machinalement les produits tombés à terre, tend son panier à la vieille dame, maugréé un mot d'excuse et tourne les talons sans autre forme de procès. Tirée ainsi de sa rêverie, la voilà revenue au monde, assaillie par le flot ininterrompu des passants. Les visages qu'elle croise maintenant lui semblent hostiles, répugnants, ou bien encore indifférents, parfois même suscitent son mépris. Qui sont tous ces gens, pourquoi lui semblent-il aussi laids ? La vie qu'ils mènent doit être aussi moche qu'eux. Cette femme-là, à la silhouette épaisse, aux traits grossiers et tirés, aux cheveux filasses qui lui tombent jusqu'aux épaules, doit avoir des gosses qui chouinent à longueur de journée et un mari devenu indifférent au fil des années. Comment les gens peuvent-ils se contenter de ça ? Elle, elle aspire à autre chose. Quelque chose qu'elle n'a pas encore trouvé cependant... A cette pensée, l’étau intérieur qui l’oppresse en permanence se ressert. Et quel écoeurement produisent ces odeurs de nourriture qui émanent des différents stands : ceux des marchands de fromage, des poissonniers, des charcutiers, et même l'odeur des légumes, faite de terre et de fermentation, qui se mêle à toutes les autres...







Marie, Episode 1 : La dispute



Paris, un dimanche matin. Une place, des gens à la terrasse d’un café, et deux jeunes filles qui hésitent à s’y installer. L’une est grande, élancée, exceptionnellement mince. Sa maigreur transparaît à travers des vêtements lâches. Ses cheveux bruns, longs et bouclés, ondulent jusqu’au creux de ses reins au rythme des mouvements de sa tête qu’elle secoue lentement de droite à gauche, comme pour marquer son désaccord. La physionomie sereine de son amie qui lui fait face paraît l’agacer. Elles se concertent, échangent des propos inaudibles, le ton semble monter. Puis la fille brune, brutalement, tourne les talons et s’éloigne à grandes enjambées saccadées.
« Marie !!! » 
L’appel résonne en une vaine et ultime tentative de la retenir. Camille la regarde s’éloigner, puis hausse les épaules, et s’installe nonchalamment à la terrasse. Elle chausse un casque audio qu’elle vient de sortir de son sac, s’appuie sur le dossier de sa chaise, relève la tête, et, les yeux mi-clos, goûte la caresse du soleil sur son visage et ses épaules dorées. 



mardi 27 septembre 2011

Le voyage

J'arrive seul au terme d'un voyage épuisant
Sans faillir un instant, j'ai traversé les ans.

J'ai vu les mornes plaines, les désertes vallées,
Le miel de l'aurore sur les montagnes d'argent,
L'encre veloutée se répandre, la nuit tombée,
Lentement, tendrement, embrasser l'océan.

J'ai arpenté cent fois la surface de la terre.
Invisible aux hommes qui déversent leur fiel,
Je suis autre. Divinité exilée du ciel,
Sans apôtre mon grand savoir s'avère éphémère.



        



Je me suis noyé dans la profondeur du ciel
Ma pensée cotôyait les nuages en kyrielles
J'ai vécu sans mentir et ma limpidité
M'épuise. Mon esprit s'étiole, se rit et se pâme
Mon éperduement ravi consume mon âme,
Me brûle fort les ailes. Pauvre hère, j'erre, j'étincelle.

Je suis le dernier d'une lignée sacrée
Que n'ai-je, fertilisé par le souffle des ancêtres,
Porté en mon sein sans défaillir, enfanté
Sans sourciller le digne héritier de mon être.

A la tombée du jour et des relents des ans
Je sais que m'attend un lent engourdissement.



lundi 26 septembre 2011

I Wish I Had a Place

I wish I had a place to go to
When everything's fading away

I wish I had a place to go to
When everything's falling apart

I wish I had a place to go to
When life seems too hard to handle

A shelter to hide
As the world goes by
A place to be warm and safe
When it's cold war outside

I wish I had a place to go to
To endlessly sleep in peace


It feels like dying

I should have seen this coming
It was written in his looks, in his gestures
It was written in his manner
It was written in the sky
And now it feels like dying.

I keep wondering
But can't find any answer
And I shiver and can't stop.
Tears and sobbings are washing me up
But they can't take the pain away
And it feels like dying.

I burst into tears, disappearing
It's shaking my whole body
Starting in my belly and spreading everywhere
Till the end of my fingers
Till the end of my toes
My head is burning
And it feels like dying, it feels like dying.


Un été dans la brume

J'ai passé un été dans la brume. Le soleil m'était lointain et froid. Parfois un rayon venait me lécher furtivement le visage... Je me sentais un peu plus moi.
Etrangère aux autres, j'ai vécu dans la partie la plus sombre de mon âme. Par d'ultimes efforts je parvenais à m'arracher à mes retranchements - avant d'y plonger à nouveau. Ce vide en moi revêtait d'étranges attraits, se paraît d'atours mortuaires.
Puis une secousse, un soubresaut, ont fini de dissiper les dernières limbes de cette vie fantomatique, et la vraie vie est réapparue. Le soleil est revenu.

Un été passé à me nourrir de mes faiblesses.

Paris sous la fumée



Paris, au mois d'août. Un après-midi tranquille en apparence. Le ciel est dégagé, mais le soleil se fait timide. La température est étonnamment tiède. Tout l'été s'est montré incertain. Jaques déambule l'air affable, il avance à petit pas serrés, s'appuie sur sa canne qu'il tient dans sa main droite. Bien que l'air soit sec, ses rhumatismes le font souffrir aujourd'hui. Il est en surpris, et vaguement soucieux, comme à chaque fois qu'il ressent des douleurs inexpliquées. Il devrait pourtant être habitué aux effets de l'âge...
Mais une vision insolite le tire de ses réflexions. Il aperçoit en effet de la fumée blanche qui lèche le sol d'abord, puis commence à monter lentement dans les airs, avec la légèreté d'un ballon gonflé à l'hélium. C’est plus vaporeux qu’un brouillard, plus léger, et plus opaque. On dirait des morceaux de nuages qui seraient tombés du ciel, et, égarés au sol, chercheraient à retourner dans les cieux. 

Et personne n’y prend garde, hormis Jacques. C’est bien la première fois qu’il voit une chose pareille, pourtant ! 
Il ne tarde pas à en déceler la provenance : une bouche d'aération.  Voilà qui le rassure : il doit bien y avoir une explication rationnelle à ce phénomène inédit, même si elle demeure mystérieuse.
C’est beau. Cela ajoute au charme parisien. Les trottoirs luisants – il vient de pleuvoir – sont d’un noir d’ébène, et les gens indifférents se meuvent au travers de cette fumée si blanche qui contraste  joyeusement, sans que la quiétude de l’après-midi en soit perturbée.

Jacques aussi poursuit sa promenade. Pourtant, il ne se sent pas tranquille. Quelque chose l’oppresse. Hormis cette fumée, rien à signaler. Le soleil fait miroiter le manteau d’eau qui a recouvert la ville. Des interrogations sans réponses persistent, insistent. Il sent son pouls cogner sur ses tempes, retranscrivant fidèlement les battements forts et sourds de son cœur.

Arrivé au bout de l’avenue, il tourne à droite. Son cœur s’emballe, son corps se glace : des pans entiers de fumée ont envahi la rue. Les rayons du soleil les irisent de part en part, révélant leur densité, dessinant des portes d’or qui semblent ouvrir vers l’au-delà. La rue submergée ne laisse plus paraître sa rive voisine.

Une trappe est ouverte, cela provient du sol. Elle laisse encore échapper un peu de fumée. S’y dessine la silhouette pataude d’un ouvrier affairé, vêtu d’une grosse combinaison – à moins que cela ne soit une créature sortie des profondeurs de la terre.

Le soleil et cette fumée légère, si jolie, font oublier le drame qui se trame dans les entrailles de la capitale.

Puis la fumée prend possession des murs de pierre...

... Et les ténèbres engloutissent peu à peu la ville.

dimanche 25 septembre 2011

Life's never gonna be the same again




Life's never gonna be the same again
Crazy holy cat howlin' in the night
Love's never gonna be the same again
Black tears have fallen down the aisle
And yet, still definitely in love with life