Citations

"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement

"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia

mercredi 1 février 2012

Lies


- This ain't a game, he said.
- Good, 'cause I ain't playing anymore, she said back.
But then, upon the next few months, she sadly witnessed the prooves of his duplicity, his unrealibility, the inconsistency of his words.
She watched him using the same tricks on all these other women - quite an amount of them were falling in the traps he had set.
She grew even sadder when she realised she'd been dreaming all these time. This so-called romance was pure imagination... it felt like her soul had been soiled. She had fooled herself once again, with still the same usless, pointless ideals... She wished she could wash them all off, and get free at last. 
She turned to the mirror and watched herself. Tears were falling off, water accumulating in the wrinckles which were yet starting to dig her face, deeper with the crying. She wished she could rip her skin off, all of it, and start growing a new one, all soften and soft and ferm. She could see it, so beautiful, so clean, so pure.
We ain't young and beautiful anymore, we never were, we never will be. Secret hopes are falling apart. All of this was just hypothetical promises, childish wishes, long-learnt lies from conventional moovies and soap operas. They had grown so numerous in her head, tightly linked to one another. She was affraid she would find herself empty, if she got rid of them all.
And they had sex like she never did in her whole life.

Facéties

Je rêve d'un monde d'oubli
Bercé par les mots, les images, les couleurs, 
Les mélodies et les saveurs
Par d'autres insufflés.
Je m'imprègne de ce monde d'infinis sans cesse renouvelés
Mon esprit égayé, par ces vapeurs énivré
S'enhardit, me joue des facéties.


Freddie converse avec Proust et Racine.
Woody Allen prend le thé avec Audrey Hepburn, tandis que la grande dame qu'est Pina Baush dirige les chorégraphies de sa nouvelle comédie façon broadway.
Tatsumi échange avec Edgar Allan Poe.
Antony Hegarty et Marilyn Monroe improvisent un duo sous l'oeil hagard de Kurt Cobain et la caméra facétieuse de Tim Burton.
Guillaume Apollinaire émerveillé de la virilité exhibée de Rocco, invente de nouvelles métaphores impliquant grattes-ciels newyorkais et cougars sur le retour.


Ces mondes bigarrés
Nourrissent mes rêves
Abreuvent mes désirs
Me procurent les plus hauts plaisirs.
Je m'y plonge sans m'y noyer,
Jamais repue, je savoure sans trêve.



La falaise


Pieds joints au bord de la falaise, mon corps tendu, mes muscles un à un raidis, en arc de cercle retenue, contenue. Toute entière en cette ligne, je suis. Tour a tour, je me sens puissante et insignifiante, immensément grandie et réduite au silence, devant le vide étendu où se mire le sentiment de mon propre anéantissement. Époustouflée, écrasée, indécise, j'hésite entre le rire sardonique et les larmes éclectiques, entre dominer le monde et m'y jeter à corps perdu, le vide précipiter, néant retournant au néant.

Déjà je vois le paysage tourner, les sapins épouser les rochers, le ciel et la terre fusionner, le monde entier pris dans un coït géant où se mélangent le nord et le sud, l'est et l'ouest. La terre redevenue plate, disque passé au quarante-cinq tours de ma folie, est aspirée dans le tourbillon des quatre éléments. Le feu se joue de l'eau qui ne peut plus l'éteindre, la terre s’effrite, devient vent de poussière qui ouvertement charrie dans son sillage un indescriptible ramassis. Dans cette folle bataille sans gagnants ni perdants, l'implosion menace. Des couleurs éclatent, le bleu de l’eau, la flamme orangée, l’arc-en-ciel du vent et la terre de sienne forment les courbes d’une mosaïque infinie. Chaque parcelle est aimantée vers les opposés, chacune aimante en sa manière destructrice.

C'est la guerre de sécession dans ma tête, la quatrième guerre mondiale a eu raison de la quatrième dimension. L'explosion nucléaire a annulé l'unité des nations, atomisé l’équilibre fragile de mon monde intérieur. Je pars a la dérive de la collecte de mes neurones éparpillés, disséminés en étoiles sanguinolentes. Le grand puzzle s'est disloqué et j'en ai perdu le modèle. Condamnés à de multiples errances, des bouts de moi se rencontrent sans se reconnaître.

Déjà je sens le poids de la chute m'écraser, m'étreindre une terreur d'une folle densité. Je sens surgir l'ultime douleur, foudroyante, en un dernier sursaut me renverser...



… De l'autre côté de la falaise. Retrouvés la détente salvatrice de mes jambes, l'élasticité bienfaisante de mon corps, ressort aimanté qui m'attire à terre. Le rude contact du sol, tel un électrochoc reconstitue les plis et les coutures, l'unité retrouvée de mon enveloppe charnelle. Articulés, dociles, bien huilés, mes membres s'alignent, s'étirent, ou se plient. Allongée, la tête de coté, je contemple ma main, paume ouverte vers le ciel, la jointure du poignet, le délié de l'avant-bras, mon regard remonte, caresse l'angle du coude et le courbe du bras, l'attache de l'épaule.
Et la vie à nouveau dans son giron m'accueille, d'un bond je m'élève.

Je garderai toujours en moi l'éclat de cet égarement. L'ultime connaissance de l'expérience suprême me donnera sur les autres et le monde un puissant ascendant. Une lucidité nouvelle, un acérement des sens me hisseront au rang d'Enée, d'Orphée, et autres héros.
Pieds joints au bord de la falaise, je sens poindre dans ma poitrine, enfler en mon ventre, déferler dans mon corps un rire que je jette de toutes mes forces, grotesque, énorme, assourdissant, se répercutant en écho infini. Tous ont entendu ce message relayé par le vent. La forêt et ses esprits en ont frissonné. Le soleil derrière un banc de nuage s'est voilé. La lune impressionnée s'est faite nouvelle. Les nymphes pudiquement dans l'ombre se sont effacées.
Tous savent maintenant que je suis.