Citations
"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement
Annie Ernaux, L'évènement
"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia
dimanche 2 septembre 2012
Monstre
J'ai un monstre dans le ventre,
Qui se love et qui se terre
En mon sein comme en son antre,
Rendant mon corps délétère.
En toutes mes cavités,
Sournoisement il s'infiltre.
Doucement empoisonnée
Par tous ses perfides philtres,
Je l'épuise en l'affamant.
En toutes mes cavités,
Sournoisement il s'infiltre.
Doucement empoisonnée
Par tous ses perfides philtres,
Je l'épuise en l'affamant.
Lui et moi nous nous livrons
Un lourd combat incessant
À coups de fiel et d'étrons.
Ses grondements sourdement
Secouent mon corps possédé,
Etreignent en son fondement
Ma pauvre âme endiablée.
Démoniaquement rieur,
Il rend tous mes efforts vains,
Par mes larmes de chagrin,
M'étouffe à l'intérieur.
Elle monte, ma colère,
Cette force non assumée,
Fureur extraordinaire
En poussées incontrôlées,
Déferlement inouï.
L'horizon de ma nuit
M'enfouit et me happe
Confettis de bouts de moi
Par tous mes pores s'échappent,
Du monstre ploie sous le poids.
Lasse et épuisée encore
Par notre lutte intestine,
Labourée de coups de pine,
Lui abandonne mon corps.
Par le monstre ensorcelé,
Tout entier devient
Rien qu'un corps étranger.
Rien ne m'appartient.
Mon âme restée invaincue
Souffre d'errances invisibles,
Lourde et grosse comme un cul
Dardé d'épines risibles,
Toujours promène sa peine,
Sa sempiternelle traîne
De mariée bafouée.
Tant de haine renfermée
A force de fermenter,
S'est muée en puissance
De désirs mal réprimés,
D'infatigables idées.
Passions inassouvies
Retrouveront sans tarder
De leur rivière le lit.
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