Citations

"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement

"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia

jeudi 29 septembre 2011

Childhood



A very needy child, a very lonely child
Wanking down the hill, living in an aside,
Her mind wandering, blank-minded not blacked out.
Memory, Hope, Joy
Fading away, falling apart, blowing off.

She dag a big black hole into her heart to bury her secret deep inside,
But it had no bottom and the poison kept spreading
Into her whole body, irrigating her limbs, flushing her brain.
Rejection became her greatest fear.
Knowing her was hating her, the abnormal child,
Goat escaping in the mountain, messenger of a faded human race.
What she’s told worths nothing and nothing ever makes sense.
She slips in the sand, climbs in the sky, runs in the dark
Waiting for exhaustion but never getting to that point.

Longing for something to happen, for someone to come for her
Life goes on with its brightfull colors
But darkness lies deep inside, mean thoughts, a desire of hate.
She could build no suit of armour, nor carapace, nor shell, nor pod,
The angst remained, the fear, the gloom.
Broken from the inside, some kind of a monster is growing there.
She took loneliness as a painful refugee,
Living her life in disguise, always wearing a mask
Walking deadly alongside the moonpath,
Fearing that she could die of shame and desperation,
Filthy princess in the tower, soiled soul kept quiet. 
Guilt has rotten her from the inside, hidden conviction that she is pure evil.
She’s learnt to be proud of her fake strength
While something inside her keeps on threatening to collapse
But it never does…
Trying to hide her shame, she ended up hiding herself.

For years tears kept apart can never flow away freely
Then suddenly anger manages a way out


mercredi 28 septembre 2011

Marie, Episode 3 : Paulo



Soudain elle presse le pas puis se met à courir, remonte l'avenue, de plus en plus vite s’engouffre dans une enfilade de rues, et arrive en bas de chez elle. Elle s'arrête un bref instant, le sang cogne contre ses tempes. Sans laisser à son corps le temps de s'apaiser, elle entame l'ascension de l’escalier, gravissant les marches quatre à quatre. Les étages se succèdent un à un, jusqu’au dernier. Passé le seuil de sa chambre de bonne, elle se jette sur son lit.

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle se rend compte que toutes ces contrariétés lui ont fait oublier l'objectif de son expédition : ses emplettes au marché. Le mal qu'elle a eu à surmonter son dégoût de sortir, la dispute avec son amie, la foule qu'elle a côtoyée et qui l'a rudoyée sans pitié, la vieille qui lui a fait si peur, tout cet écœurement ressenti au contact de tant de monde, de tant de nourriture, de tant de bruit, de tant de vie, n'aura servi à rien. Tout ce temps, pour rien. Il n'y a plus qu'à recommencer... Des larmes d’énervement, de rage et de honte se mettent à couler lentement le long de ses joues, tandis que l'envahit le sentiment paralysant de sa propre inconsistance. Elle se recroqueville sur elle-même, s'enroule dans sa couette et s'endort brusquement, les joues encore humides.

Quand elle se réveille, la nuit est tombée, métamorphosant la pièce. En bruit de fond, on entend le ronflement du réfrigérateur. La lumière des lampadaires qui filtre à travers les carreaux s'y reflète, générant un éclat blanc métallique qui se répand dans toute la pièce. Le réfrigérateur... On ne voit plus que lui, monstre au ventre replet. C'est qu'il occupe une place de choix, trônant au milieu de la pièce, le long du mur principal. Où que l'on se tienne dans cette petite chambre, c’est vers lui que converge le regard : du le seuil de la porte d'entrée, en face, ou des cabinets, à gauche, ou de la petite salle de bain sur la droite, aussi bien que du lit qui ne s'y trouve qu'à quelques pas. 
Justement, la voilà qui se lève et franchit allègrement les quelques mètres qui l'en séparent. Elle ouvre vivement la porte, une lumière blafarde s'en échappe et se répand sur ses cheveux, les parant d'une auréole hâve, ainsi que sur son visage, en accentuant tous les traits. Le front lisse et bombé semble briller, le nez, fin, droit, s'allonge démesurément au dessus des lèvres délicates, fines, aiguisées. Le menton, au bout de son cou tendu, pointe vers les entrailles métalliques de l’appareil, et ses yeux grands ouverts en scrutent l'intérieur : 

- Alors, Paulo, murmure-t-elle, qu'as-tu pour moi aujourd'hui?
Des dizaines de pots de yaourt nature bleus, scrupuleusement alignés en rangées parfaitement similaires, occupent toutes les étagères. Un bref frisson la traverse. Une moue de déception creuse ses joues plus qu’à l’habitude. Un charme étrange émane de son visage si fragile, peut-être dû au regard qui l'anime, tantôt vide, glissant sur les choses, comme si rien ne pouvait l'atteindre, tantôt perçant, presque agressif et disséquant.




Marie, Episode 2 : Le marché



Marie, elle, a continué sur sa lancée sans se retourner. Les quelques larmes d’énervement qu’elle a laissé échapper ont déjà séché, laissant sur ses joues des sillons salés et une sensation sèche et désagréable. Concentrée sur les mouvements qu’elle imprime à son corps, son esprit se calme. Elle oublie peu à peu. Elle oublie la discorde avec son amie, et jusqu’à leur rencontre même. Elle se dirige vers le marché, où elle avait prévu de faire quelques achats.

Dans la rue, elle marche. Les gens qu'elle croise, qui la frôlent presque, tant la foule est dense, elle ne les voit pas. Elle se laisse envahir par le brouhaha incessant qui couvre le bruit de la circulation. Dans cette demi-conscience du monde qui l'entoure, peu à peu, elle se sent bien : absente par la pensée, présente par son corps seul. Prenant part à la foule qui l'entoure, elle se sent, parmi ces étrangers, un peu étrangère à elle-même dans l'étourdissement que cela lui procure. Les pensées vagabondent, lui traversent l'esprit sans se fixer, sans se construire, fuyantes et éphémères. Un peu hébétée, elle goûte l'absence de douleur sans pour autant ressentir de véritable plaisir à être là.
Dans la rue, elle marche, sans autre objectif que la recherche de ces sensations, qui en ce moment précis lui rendent l’existence supportable.
« Mais enfin, Mademoiselle, faites attention ! »
En une fraction de seconde, ce fragile équilibre se rompt. Une petite bonne femme aux cheveux blancs permanentés, au dos voûté et à l'air indigné, la regarde du haut de son mètre quarante-cinq bien tassé. A ses pieds, un panier en osier a vomi son contenu : un morceau de viande sanguinolent qui s'échappe d'un papier d'emballage déchiré, des fraises écrabouillées contre leur barquette en plastique transparent, de la crème qui, non contente de s'être répandue par dessus le tout, dégouline jusque sur le bitume.
Un peu écœurée par cette vision, elle en oublie d'abord de s'excuser auprès de la vieille dame. Passé le premier moment de stupéfaction, elle se tourne vers elle pour maugréer un « désolée » de circonstance, mais la vision du visage de vieille qui s'impose à elle, avec son sourire édenté et une pointe de salive séchée à la commissure gauche de ses lèvres, la pétrifie. Les yeux vitreux, sertis dans leur orbite par des milliers de petites rides, la fixent sans ménagement. Son regard à elle plonge dans les plissures de la peau, qui partent du contour de l’œil, s'étendent jusque sur la joue qu'elles traversent de part en part, avant de se jeter dans les bajoues mollement avachies sur un cou dont la peau n'en finit pas de plisser et de s'affaisser. Elle ressent un mélange de terreur et de fascination au spectacle de ce visage, si déformé par le temps qu'il lui semble presque irréel.
« Mais quelle bécasse ! je ne sais pas, moi, dites quelque chose, aidez-moi à ramasser tout ça ! »
C'est sur la voix, maintenant, que se concentre toute son attention. Une voix à la fois stridente et chevrotante, caverneuse, qui prend des flexions et des intonations qu'elle n'avait jusque-là entendues que dans de vieux films en noir et blanc.

Ayant repris ses esprits, elle ramasse machinalement les produits tombés à terre, tend son panier à la vieille dame, maugréé un mot d'excuse et tourne les talons sans autre forme de procès. Tirée ainsi de sa rêverie, la voilà revenue au monde, assaillie par le flot ininterrompu des passants. Les visages qu'elle croise maintenant lui semblent hostiles, répugnants, ou bien encore indifférents, parfois même suscitent son mépris. Qui sont tous ces gens, pourquoi lui semblent-il aussi laids ? La vie qu'ils mènent doit être aussi moche qu'eux. Cette femme-là, à la silhouette épaisse, aux traits grossiers et tirés, aux cheveux filasses qui lui tombent jusqu'aux épaules, doit avoir des gosses qui chouinent à longueur de journée et un mari devenu indifférent au fil des années. Comment les gens peuvent-ils se contenter de ça ? Elle, elle aspire à autre chose. Quelque chose qu'elle n'a pas encore trouvé cependant... A cette pensée, l’étau intérieur qui l’oppresse en permanence se ressert. Et quel écoeurement produisent ces odeurs de nourriture qui émanent des différents stands : ceux des marchands de fromage, des poissonniers, des charcutiers, et même l'odeur des légumes, faite de terre et de fermentation, qui se mêle à toutes les autres...







Marie, Episode 1 : La dispute



Paris, un dimanche matin. Une place, des gens à la terrasse d’un café, et deux jeunes filles qui hésitent à s’y installer. L’une est grande, élancée, exceptionnellement mince. Sa maigreur transparaît à travers des vêtements lâches. Ses cheveux bruns, longs et bouclés, ondulent jusqu’au creux de ses reins au rythme des mouvements de sa tête qu’elle secoue lentement de droite à gauche, comme pour marquer son désaccord. La physionomie sereine de son amie qui lui fait face paraît l’agacer. Elles se concertent, échangent des propos inaudibles, le ton semble monter. Puis la fille brune, brutalement, tourne les talons et s’éloigne à grandes enjambées saccadées.
« Marie !!! » 
L’appel résonne en une vaine et ultime tentative de la retenir. Camille la regarde s’éloigner, puis hausse les épaules, et s’installe nonchalamment à la terrasse. Elle chausse un casque audio qu’elle vient de sortir de son sac, s’appuie sur le dossier de sa chaise, relève la tête, et, les yeux mi-clos, goûte la caresse du soleil sur son visage et ses épaules dorées. 



mardi 27 septembre 2011

Le voyage

J'arrive seul au terme d'un voyage épuisant
Sans faillir un instant, j'ai traversé les ans.

J'ai vu les mornes plaines, les désertes vallées,
Le miel de l'aurore sur les montagnes d'argent,
L'encre veloutée se répandre, la nuit tombée,
Lentement, tendrement, embrasser l'océan.

J'ai arpenté cent fois la surface de la terre.
Invisible aux hommes qui déversent leur fiel,
Je suis autre. Divinité exilée du ciel,
Sans apôtre mon grand savoir s'avère éphémère.



        



Je me suis noyé dans la profondeur du ciel
Ma pensée cotôyait les nuages en kyrielles
J'ai vécu sans mentir et ma limpidité
M'épuise. Mon esprit s'étiole, se rit et se pâme
Mon éperduement ravi consume mon âme,
Me brûle fort les ailes. Pauvre hère, j'erre, j'étincelle.

Je suis le dernier d'une lignée sacrée
Que n'ai-je, fertilisé par le souffle des ancêtres,
Porté en mon sein sans défaillir, enfanté
Sans sourciller le digne héritier de mon être.

A la tombée du jour et des relents des ans
Je sais que m'attend un lent engourdissement.



lundi 26 septembre 2011

I Wish I Had a Place

I wish I had a place to go to
When everything's fading away

I wish I had a place to go to
When everything's falling apart

I wish I had a place to go to
When life seems too hard to handle

A shelter to hide
As the world goes by
A place to be warm and safe
When it's cold war outside

I wish I had a place to go to
To endlessly sleep in peace


It feels like dying

I should have seen this coming
It was written in his looks, in his gestures
It was written in his manner
It was written in the sky
And now it feels like dying.

I keep wondering
But can't find any answer
And I shiver and can't stop.
Tears and sobbings are washing me up
But they can't take the pain away
And it feels like dying.

I burst into tears, disappearing
It's shaking my whole body
Starting in my belly and spreading everywhere
Till the end of my fingers
Till the end of my toes
My head is burning
And it feels like dying, it feels like dying.


Un été dans la brume

J'ai passé un été dans la brume. Le soleil m'était lointain et froid. Parfois un rayon venait me lécher furtivement le visage... Je me sentais un peu plus moi.
Etrangère aux autres, j'ai vécu dans la partie la plus sombre de mon âme. Par d'ultimes efforts je parvenais à m'arracher à mes retranchements - avant d'y plonger à nouveau. Ce vide en moi revêtait d'étranges attraits, se paraît d'atours mortuaires.
Puis une secousse, un soubresaut, ont fini de dissiper les dernières limbes de cette vie fantomatique, et la vraie vie est réapparue. Le soleil est revenu.

Un été passé à me nourrir de mes faiblesses.

Paris sous la fumée



Paris, au mois d'août. Un après-midi tranquille en apparence. Le ciel est dégagé, mais le soleil se fait timide. La température est étonnamment tiède. Tout l'été s'est montré incertain. Jaques déambule l'air affable, il avance à petit pas serrés, s'appuie sur sa canne qu'il tient dans sa main droite. Bien que l'air soit sec, ses rhumatismes le font souffrir aujourd'hui. Il est en surpris, et vaguement soucieux, comme à chaque fois qu'il ressent des douleurs inexpliquées. Il devrait pourtant être habitué aux effets de l'âge...
Mais une vision insolite le tire de ses réflexions. Il aperçoit en effet de la fumée blanche qui lèche le sol d'abord, puis commence à monter lentement dans les airs, avec la légèreté d'un ballon gonflé à l'hélium. C’est plus vaporeux qu’un brouillard, plus léger, et plus opaque. On dirait des morceaux de nuages qui seraient tombés du ciel, et, égarés au sol, chercheraient à retourner dans les cieux. 

Et personne n’y prend garde, hormis Jacques. C’est bien la première fois qu’il voit une chose pareille, pourtant ! 
Il ne tarde pas à en déceler la provenance : une bouche d'aération.  Voilà qui le rassure : il doit bien y avoir une explication rationnelle à ce phénomène inédit, même si elle demeure mystérieuse.
C’est beau. Cela ajoute au charme parisien. Les trottoirs luisants – il vient de pleuvoir – sont d’un noir d’ébène, et les gens indifférents se meuvent au travers de cette fumée si blanche qui contraste  joyeusement, sans que la quiétude de l’après-midi en soit perturbée.

Jacques aussi poursuit sa promenade. Pourtant, il ne se sent pas tranquille. Quelque chose l’oppresse. Hormis cette fumée, rien à signaler. Le soleil fait miroiter le manteau d’eau qui a recouvert la ville. Des interrogations sans réponses persistent, insistent. Il sent son pouls cogner sur ses tempes, retranscrivant fidèlement les battements forts et sourds de son cœur.

Arrivé au bout de l’avenue, il tourne à droite. Son cœur s’emballe, son corps se glace : des pans entiers de fumée ont envahi la rue. Les rayons du soleil les irisent de part en part, révélant leur densité, dessinant des portes d’or qui semblent ouvrir vers l’au-delà. La rue submergée ne laisse plus paraître sa rive voisine.

Une trappe est ouverte, cela provient du sol. Elle laisse encore échapper un peu de fumée. S’y dessine la silhouette pataude d’un ouvrier affairé, vêtu d’une grosse combinaison – à moins que cela ne soit une créature sortie des profondeurs de la terre.

Le soleil et cette fumée légère, si jolie, font oublier le drame qui se trame dans les entrailles de la capitale.

Puis la fumée prend possession des murs de pierre...

... Et les ténèbres engloutissent peu à peu la ville.

dimanche 25 septembre 2011

Life's never gonna be the same again




Life's never gonna be the same again
Crazy holy cat howlin' in the night
Love's never gonna be the same again
Black tears have fallen down the aisle
And yet, still definitely in love with life