Paris, au mois d'août. Un après-midi tranquille en apparence. Le ciel est dégagé, mais le soleil se fait timide. La température est étonnamment tiède. Tout l'été s'est montré incertain. Jaques déambule l'air affable, il avance à petit pas serrés, s'appuie sur sa canne qu'il tient dans sa main droite. Bien que l'air soit sec, ses rhumatismes le font souffrir aujourd'hui. Il est en surpris, et vaguement soucieux, comme à chaque fois qu'il ressent des douleurs inexpliquées. Il devrait pourtant être habitué aux effets de l'âge...
Mais une vision insolite le tire de ses réflexions. Il aperçoit en effet de la fumée blanche qui lèche le sol d'abord, puis commence à monter lentement dans les airs, avec la légèreté d'un ballon gonflé à l'hélium. C’est plus vaporeux qu’un brouillard, plus léger, et plus opaque. On dirait des morceaux de nuages qui seraient tombés du ciel, et, égarés au sol, chercheraient à retourner dans les cieux.
Mais une vision insolite le tire de ses réflexions. Il aperçoit en effet de la fumée blanche qui lèche le sol d'abord, puis commence à monter lentement dans les airs, avec la légèreté d'un ballon gonflé à l'hélium. C’est plus vaporeux qu’un brouillard, plus léger, et plus opaque. On dirait des morceaux de nuages qui seraient tombés du ciel, et, égarés au sol, chercheraient à retourner dans les cieux.
Il ne tarde pas à en déceler la provenance : une bouche d'aération. Voilà qui le rassure : il doit bien y avoir une explication rationnelle à ce phénomène inédit, même si elle demeure mystérieuse.
C’est beau. Cela ajoute au charme parisien. Les trottoirs luisants – il vient de pleuvoir – sont d’un noir d’ébène, et les gens indifférents se meuvent au travers de cette fumée si blanche qui contraste joyeusement, sans que la quiétude de l’après-midi en soit perturbée.
Jacques aussi poursuit sa promenade. Pourtant, il ne se sent pas tranquille. Quelque chose l’oppresse. Hormis cette fumée, rien à signaler. Le soleil fait miroiter le manteau d’eau qui a recouvert la ville. Des interrogations sans réponses persistent, insistent. Il sent son pouls cogner sur ses tempes, retranscrivant fidèlement les battements forts et sourds de son cœur.
Arrivé au bout de l’avenue, il tourne à droite. Son cœur s’emballe, son corps se glace : des pans entiers de fumée ont envahi la rue. Les rayons du soleil les irisent de part en part, révélant leur densité, dessinant des portes d’or qui semblent ouvrir vers l’au-delà. La rue submergée ne laisse plus paraître sa rive voisine.
Une trappe est ouverte, cela provient du sol. Elle laisse encore échapper un peu de fumée. S’y dessine la silhouette pataude d’un ouvrier affairé, vêtu d’une grosse combinaison – à moins que cela ne soit une créature sortie des profondeurs de la terre.
Le soleil et cette fumée légère, si jolie, font oublier le drame qui se trame dans les entrailles de la capitale.
Puis la fumée prend possession des murs de pierre...
... Et les ténèbres engloutissent peu à peu la ville.
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