Spectacle de danse, jonglage, magie, vu le 8 octobre 2011 au théâtre Romain Rolland à Villejuif.
Le spectacle se déroule dans l’obscurité. Une balle qui descend lentement du ciel et atterrit délicatement au sol, telle une bulle de savon, ouvre chaque tableau.
Premier tableau : Un homme, allongé au sol qui s’élève. Il est doté d’une perche, qu’il fait voltiger, avec laquelle il évolue. Infinie légèreté.
L’obscurité tombe, véritable rideau de scène.
C’est maintenant une femme qui à la place de l’homme qui était là encore quelques secondes auparavant. Elle aussi se meut comme en apesanteur. Mouvements émouvants : lents, décomposés mais d’une fluidité étonnante, temps suspendu.
Obscurité. On garde en mémoire la dernière image de la danseuse, encore en plein mouvement. Etonnant phénomène que celui de la persistance rétinienne !
La présence alternée du danseur et de la danseuse se partagent la scène. Corps en lévitation, flottant, ondoyant, tournoyant, comme évoluant dans le Léthé. Magnifique et très émouvant.
Second tableau : « Où je vais, quand je disparais ? » interroge une voix féminine.
Un homme accroupi dans une semi-obscurité, des balles qui s’élèvent, il les rattrape une à une. On le devine plus qu’on ne le voit, son ombre se dessine sur le fond bleu qui diffuse une douce lumière.
Puis l’obscurité se fait totale et les balles lumineuses dessinent des constellations, des trajectoires, se multiplient, tournoient, voltigent, ondulent. Seul le mouvement est visible, étrange désincarnation du jongleur dont la présence habite cependant véritablement la scène. Je l’imagine déferler comme les balles qu’il fait vivre avec tant de dextérité.
Troisième tableau : Un danseur, dont une partie de l’ombre se projette sur l’écran du fond de scène comme en ombre chinoise. Filmée d’un point de vue changeant, et selon des perspectives bien particulières, son ombre dessine autre chose que sa danse à lui. Jolie et étonnante mise en abîme. En bande-son, une rumeur ambiante : la vie est là, quelque part. Le danseur n’est pas hors-monde, mais sa solitude est angoissante. Ombres distordues, angoissantes, qui me rappellent mes terreurs d’enfance. Une main géante grandissante semble le repousser et le rapetisser.
Son ombre est ensuite projetée sans distorsion, il semble danser avec lui-même… Puis dans un moment d’immobilité, sa silhouette claire se détache sur l’écran devenu foncé, lui-même placé dans l’obscurité devient sa propre ombre. Alter ego et rapport à soi, étrangeté familière et dérangeante… Puis une femme apparaît, double féminin qui se fait son ombre.
Puis il disparaît et elle évolue seule. Elle frappe dans ses mains, et une fumée bleue fixe l’empreinte de son corps. Elle danse dans la trace de ses mouvements antérieurs, comme si son âme quittait son corps, puis le réintégrait.
C’est ensuite son hologramme qui apparaît, puis se multiplie. Enfin la voici avec une multitude d’images d’elles-mêmes, foule des femmes qui la composent, femme du passé, femmes de son passé.
Je est. Je est autre. Je est foule.
La beauté est en toute chose. La vraie vie réside dans le monde invisible.
L’alliage entre les différents arts et techniques est parfait. Danse, jonglage, lecture de textes, musiques, bruits, se mêlent et s’intriquent les uns aux autres pour produire un spectacle d’une magnifique cohérence. La recherche artistique et esthétique est véritablement au service du sens. J’en sors riche d’émotions, d’impressions, d’images magnifiques et magiques, avec un goût renouvelé pour la vie, et une seule envie : y retourner ! C’est bien dommage que mon porte-monnaie ne me le permette pas… J’aurais bien savouré de nouveau chaque instant, goûté chaque mot, me serais bien émerveillée de plus belle et laissée entraîner par la beauté et l’émotion.
Les dates de la tournée, c'est par ici :
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