Citations

"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement

"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia

mercredi 4 avril 2012

Hymne à la vie

Longtemps je me suis sentie vide et creuse,
Un grand trou qui transperce la tête,
Un puits sans fond à la place du coeur.


Souvent je me suis sentie bête à faire peur
Laide comme un poisson qu'on étête,
Comme incarnée en saule pleureuse.


Mais je suis emplie d'émotions, 
Riche de sensations. 
La vie m'habite, 
En moi s'invite,
Nappe phréatique
Palpite
Courant extatique
Crépite.


Personne ne sait la force qu'elle charrie
Personne n'a idée d'à quel point je suis emplie 
D'amour, de passion, de rage, d'heureux épuisement,
Quelle énergie folle me pousse de l'avant.
Je cours, je me jette, je vole, je danse
A travers la vie en état de transe.


Ils pensent pouvoir m'attraper 
Mais ne m'auront jamais.
Même meurtrie, même blessée
Une force en moi reste intacte
Malgré les impacts.
L'essentiel, ils ne l'auront jamais
Mon coeur bat pour la vie
A tout prix.

vendredi 30 mars 2012

Chute

Flétri d'idées folles,
De génie avorté,
D'intentions racollées et de désirs rabroués,
Il vacille.

Pétri de regrets
D'attention déçues
D'élans retenus et d'indicibles vertiges,
Il tombe.


Pourri de secrets malapris,
De sentinelles trahies,
De milles manière et de manière incertaine, 
Il sombre.

Invitation

Serre-moi dans tes bras
Laissons glisser l'orage
Au gré des grondements du tonnerre
Voyageons émerveillés par monts et vallées
Pour faire liane de nos corps
Pour faire corps de nos coeurs

Secret

Secret promises
Hidden promises
Are they all lies
Or are they gonna make each of us happy ?


God knows what it's gonna take
And where lies true happiness.


Are we for real
Or is it just one plus one
You and I
Laying by each other,
Lying to each other ?


God knows what it's gonna take
And where lies true happiness.

L'amour n'existe pas

L'amour n'existe pas,
L'amour n'existe plus.
Il a passé dans les cours de récré,
S'est épuisé en étés écoulés,
Est passé puis s'en est allé.


L'amour n'existe pas,
L'amour n'existe plus.
Mû de siège en bastion,
Après les répétitions 
Au théâtre de mon coeur,
Avant le filage saccagé,
Avant la première avortée,
Il se meurt.


L'amour n'existe pas,
L'amour n'existe plus.
Quel sens cela a-t-il d'aimer 
Quand d'amours imbéciles on s'éprend
Quand inlassablement on se méprend ?
Par le redoublement de nos égarements 
Nous voilà mutuellement dupés.


De ces temps gaspillés
En rêves épurés
De réalité déconnectés,
Je suis lasse.


De ces élans de désir
Nés d'une infime étincelle
Lovés en une vacillante nacelle
Qui vogue de mal en pire,
Je suis lasse.


De ces feux embrasés 
D'un rien si vite allumés,
De cette sourde puissance 
Qui prend ses aisances,
De son lit enragé, dévasté, saccagé,
Je suis lasse.


De ces impulsions urgentes,
De ces compulsions blessantes,
De ces oublis de moi-même
En celui qu'alors j'aime,
Je suis lasse.


Des combats incessants 
De désirs lancinants 
De fusion recherchée 
Et de moi annihilé,
Je suis lasse.


De ces accès de fièvre,
De ces rêves funèbres,
De ces malentendus pérennes
Tissant le nid de mes douleurs et de mes peines,
Je suis lasse.



De ces amours macabres,
De ces éprouvantes batailles
Des sentiments qui déraillent
Et s'étiolent en acerbes palabres,
Je suis lasse.



Aimer, je ne sais pas
Aimer je ne sais plus.
Laisse-moi réapprendre, 
Seulement même apprendre
Car c'est l'amour même que j'ai aimé
C'est la vie même que j'ai aimée
Jamais les malheureux dont le chemin j'ai croisé.


Les jeux de mon imagination,
Les méandres de l'idéalisation,
M'ont bernée à coups assénés

D'illusions déçues,
De peines malvenues,
De larmes injustifiées,
D'espoirs insensés brisés.

Laisse-moi à tes côtés
La quiétude trouver
La vraie vie goûter
Nos envies savourer.
Aurais-je un jour l'heur
de faire ton bonheur...

lundi 26 mars 2012

No room for me

There's no room for me in your life,
I feel scratched and itchy,
Stretched up in a suit that's too tight for me,
Not able to moove nor to breathe.


There's no room for me in your life,
I despise me for rushing back to you,
As all I get is your indifference
And sudden surges of sadness.
How could I believe this time would be different ?


Why is it so, that every time
My imagination plays me the same old tricks again.
Romance starting up in my head
Blinding me off until i'm stupid enough
To fall into the same trap all over again.

There's no room for me in your life,
But I truly don't care
As mine is stuffed up with my urges and desires
With the good tricks my imagination knows to play
I just have to remember how.


There's no room for me in your life,
But a life like yours disgusts me.
How can one be so self-sufficient? 
I'd rather be with myself then,
Choosing dreams over reality.

Marie, Episode 7 : Un lent embrassement



Elle quitte la pharmacie et retourne sur ses pas, traverse la route avant de descendre les escaliers qui mènent au quai, et se tient là, tout au bord, tout près de l'eau. Elle dévisse le bouchon du flacon de dissolvant qu'elle laisse délibérement tomber, rebondir sur le bord du quai, et se jetter à l'eau. Le bruit de sa chute est presque inaudible -  court, franc et sec au contact de la pierre, puis plus joyeux et généreux lorsqu'il frappe l'eau en dispensant de minuscules goutelettes qui retombent éclabousser la surface. Elle regarde le bouchon dériver, emporté par le léger courant, brinqueballé deçà-delà, s'éloignant du bord puis se rapprochant dans une ronde infinie. Elle jubile, elle d'habitude si respectueuse de tout ce qui s'apparente de près ou de loin au respect de l'environnement, elle si scrupuleuse sur les règles qu'elle a toujours suivies à lettre, d'avoir laissé échapper ce geste, et de s'en moquer du plus profond d'elle-même. Elle regarde s'échapper ce bouchon virevoltant, épris d'une liberté qu'elle voudrait faire sienne.
Elle porte le flacon à son nez, inspire lentement. L'odeur forte et pénétrante lui fait vite tourner la tête, et provoque surtout une nausée importante. Mais elle n'a rien à vomir. Depuis le début de la semaine, elle a réussi à ne manger qu'un seul yahourt quotidien, petite cuillérée par petite cuillérée, de plus en plus réduite à mesure que s'égrainaient les heures, jusqu'à en devenir minuscule. Un pot de yahourt de cent vingt-cinq grammes, en une journée. Vingt-quatre heures. Seize, si on retire le temps de sommeil. Elle inhale les vapeurs du flacon, inlassablement.
Elle remonte sa manche, qui glisse sans peine jusqu'à l'aisselle, et regarde son bras décharné. Puis sa main passe sur son buste, pour vérifier qu'elle peut compter les côtes à travers les vêtements, et remonte jusqu'à la clavicule saillante. Ses seins ont pour ainsi dire disparus, comme aspirés de l'intérieur. Seuls le téton est visible, et un petit renflement perceptible. Elle contemple fièrement son corps épuré de toute trace de son être après de longs mois d'efforts douloureux. Une autre bouffée de dissolvant, et sa tête commence à tourner. Ses yeux se posent sur le reflet de son corps élancé, remontent jusqu'à celui de son visage qui a conservé dans ses traits fins quoique tirés une certaine vivacité. De longs sourcils bruns surplombent harmonieusment un regard foncé, plus douloureux qu'éteint, même dans les heures les plus sombres. Des pommettes hautes, des lèvres charnues qui s'épanouissent au coeur du triangle formé par les joues creusées. Une sensualité à la mélancolie exacerbée émane de son doux et douloureux minois, celle-là même qu'elle n'a pu gommer ni même contenir. Une sensualité rebelle à toute vélléité de domination, à laquelle les tentatives de dressage n'ont fait que conférer une nature sauvage, valeur ajoutée à l'insu de sa volonté. C'est cet air qui est le sien, et qui toujours lui échappe, qu'elle contemple amèrement.
Un regret lancinant la prend, celui d'avoir grandi trop tôt, trop vite, sans savoir faire sienne cette nouvelle apparence qui lui est restée extérieure, tel un masque en lequel elle ne se reconnaît pas. Elle inspire une autre goulée du produit. Annihiler, annihiler, ce visage de jeune femme, ce visage qui reste un appel à l'autre, ce visage sur lequel on se retourne, tantôt interpellé, touché, peiné, mais plus souvent réprobateur. Son corps, lui, se meut en glissant, en ondulant, on le remarque à peine, fantôme sorti de l'ombre. Mais ce visage ! Trop grand, trop présent, elle ne parvient même pas à le dissimuler derrière sa longue chevelure. Tandis qu'elle se mire, il lui apparait d'une étrange beauté, une beauté étrangère qui s'enfle, énorme, prête à la dévorer par la tête, toute entière. Encore une inhalation du sulfureux produit, et c'est cette fois-ci une douleur lancinante qui la prend, qui par le nez se propage à l'intérieur de sa tête, jusqu'au fond de son crâne, tandis qu'elle est irrémédiablement attirée, épouvantée, par cette figure immense, à la beauté dévastatrice. Etre happée par cette vision atroce, pour y mettre fin, et enfin du même coup supprimer cet irrémédiable insupportable en elle. Elle se laisse entraîner et choir dans ce lent embrassement d'elle-même par elle-même.