Je rêve d'un monde d'oubli
Bercé par les mots, les images, les couleurs,
Les mélodies et les saveurs
Par d'autres insufflés.
Je m'imprègne de ce monde d'infinis sans cesse renouvelés
Mon esprit égayé, par ces vapeurs énivré
S'enhardit, me joue des facéties.
Freddie converse avec Proust et Racine.
Woody Allen prend le thé avec Audrey Hepburn, tandis que la grande dame qu'est Pina Baush dirige les chorégraphies de sa nouvelle comédie façon broadway.
Tatsumi échange avec Edgar Allan Poe.
Antony Hegarty et Marilyn Monroe improvisent un duo sous l'oeil hagard de Kurt Cobain et la caméra facétieuse de Tim Burton.
Guillaume Apollinaire émerveillé de la virilité exhibée de Rocco, invente de nouvelles métaphores impliquant grattes-ciels newyorkais et cougars sur le retour.
Ces mondes bigarrés
Nourrissent mes rêves
Abreuvent mes désirs
Me procurent les plus hauts plaisirs.
Je m'y plonge sans m'y noyer,
Jamais repue, je savoure sans trêve.
Citations
"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement
Annie Ernaux, L'évènement
"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia
mercredi 1 février 2012
La falaise
Pieds
joints au bord de la falaise, mon corps tendu, mes muscles un à un
raidis, en arc de cercle retenue, contenue. Toute entière en cette
ligne, je suis. Tour a tour, je me sens puissante et insignifiante,
immensément grandie et réduite au silence, devant le vide étendu
où se mire le sentiment de mon propre anéantissement. Époustouflée,
écrasée, indécise, j'hésite entre le rire sardonique et les
larmes éclectiques, entre dominer le monde et m'y jeter à corps
perdu, le vide précipiter, néant retournant au néant.
Déjà
je vois le paysage tourner, les sapins épouser les rochers, le ciel
et la terre fusionner, le monde entier pris dans un coït géant où
se mélangent le nord et le sud, l'est et l'ouest. La terre redevenue
plate, disque passé au quarante-cinq tours de ma folie, est aspirée
dans le tourbillon des quatre éléments. Le feu se joue de l'eau qui
ne peut plus l'éteindre, la terre s’effrite, devient vent de
poussière qui ouvertement charrie dans son sillage un indescriptible
ramassis. Dans cette folle bataille sans gagnants ni perdants,
l'implosion menace. Des couleurs éclatent, le bleu de l’eau, la
flamme orangée, l’arc-en-ciel du vent et la terre de sienne
forment les courbes d’une mosaïque infinie. Chaque parcelle est
aimantée vers les opposés, chacune aimante en sa manière
destructrice.
C'est la guerre de sécession dans ma tête, la quatrième guerre mondiale a eu raison de la quatrième dimension. L'explosion nucléaire a annulé l'unité des nations, atomisé l’équilibre fragile de mon monde intérieur. Je pars a la dérive de la collecte de mes neurones éparpillés, disséminés en étoiles sanguinolentes. Le grand puzzle s'est disloqué et j'en ai perdu le modèle. Condamnés à de multiples errances, des bouts de moi se rencontrent sans se reconnaître.
Déjà
je sens le poids de la chute m'écraser, m'étreindre une terreur
d'une folle densité. Je sens surgir l'ultime douleur, foudroyante,
en un dernier sursaut me renverser...
…
De l'autre côté de la
falaise. Retrouvés la détente salvatrice de mes jambes,
l'élasticité bienfaisante de mon corps, ressort aimanté qui
m'attire à terre. Le rude contact du sol, tel un électrochoc
reconstitue les plis et les coutures, l'unité retrouvée de mon
enveloppe charnelle. Articulés, dociles, bien huilés, mes membres
s'alignent, s'étirent, ou se plient. Allongée, la tête de coté,
je contemple ma main, paume ouverte vers le ciel, la jointure du
poignet, le délié de l'avant-bras, mon regard remonte, caresse
l'angle du coude et le courbe du bras, l'attache de l'épaule.
Et
la vie à nouveau dans son giron m'accueille, d'un bond je m'élève.
Je
garderai toujours en moi l'éclat de cet égarement. L'ultime
connaissance de l'expérience suprême me donnera sur les autres et
le monde un puissant ascendant. Une lucidité nouvelle, un acérement
des sens me hisseront au rang d'Enée, d'Orphée, et autres héros.
Pieds
joints au bord de la falaise, je sens poindre dans ma poitrine,
enfler en mon ventre, déferler dans mon corps un rire que je jette
de toutes mes forces, grotesque, énorme, assourdissant, se
répercutant en écho infini. Tous ont entendu ce message relayé par
le vent. La forêt et ses esprits en ont frissonné. Le soleil
derrière un banc de nuage s'est voilé. La lune impressionnée s'est
faite nouvelle. Les nymphes pudiquement dans l'ombre se sont
effacées.
Tous
savent maintenant que je suis.
jeudi 12 janvier 2012
Over you
I wanna be all over you
But you look at me like you've put a restraining order at me
You do know you've got dangerous eyes, don't you?
Don't point them directly at me
Be carefull with my heart
I may look strong but i'm really weak on the inside.
But you look at me like you've put a restraining order at me
You do know you've got dangerous eyes, don't you?
Don't point them directly at me
Be carefull with my heart
I may look strong but i'm really weak on the inside.
Baisers
Baisers égarés, disséminés, éparpillés,
Baisers dévoilés, désemparés, insensés,
Baisers incongrus, éperdus, répandus,
Se dispersent sans retenue.
Baisers dévoilés, désemparés, insensés,
Baisers incongrus, éperdus, répandus,
Se dispersent sans retenue.
Règne nocturne
Tapie derrières les volutes noires ourlées de velours,
Dans les plis et circonvolutions des rideaux d'une étrange scène,
Elle gît, majesteuse,
Ronde et acerbe, moqueuse et dédaigneuse.
De sa froide lumière elle aiguise sa couche aérienne, nuages accumulés
comme autant de coussins dont elle marque les contours
du sceau de son éclat métallique réfléchi, réverbéré à l'infini.
Les soirs où elle daigne paraître, elle observe l'arène où évoluent les hommes,
contemple, indifférente, leur misère, leurs déboires, leurs égarements.
Tout à la fois spectatrice et actrice,
A leur insu elle guide leurs gestes.
Eléments et êtres vivants se plient à ses injonctions.
Lointaine, nul ne peut l'approcher,
Pas même les astres qu'elle tient à juste distance.
Comme les hommes, ils ne peuvent que l'admirer du lointain.
Elle exerce sur eux son étrange attraction,
Soupirants réduits à l'impuissance, vassaux désabusés.
Leur loyauté est d'une pureté inégalée.
Elle nourrit une vie secrète,
Nul ne sait où cycliquement elle se retire.
Certains parlent d'un chagrin d'amour oublié,
Qui l'a marquée du sceau d'une mélancolie infinie.
Dans les plis et circonvolutions des rideaux d'une étrange scène,
Elle gît, majesteuse,
Ronde et acerbe, moqueuse et dédaigneuse.
De sa froide lumière elle aiguise sa couche aérienne, nuages accumulés
comme autant de coussins dont elle marque les contours
du sceau de son éclat métallique réfléchi, réverbéré à l'infini.
Les soirs où elle daigne paraître, elle observe l'arène où évoluent les hommes,
contemple, indifférente, leur misère, leurs déboires, leurs égarements.
Tout à la fois spectatrice et actrice,
A leur insu elle guide leurs gestes.
Eléments et êtres vivants se plient à ses injonctions.
Lointaine, nul ne peut l'approcher,
Pas même les astres qu'elle tient à juste distance.
Comme les hommes, ils ne peuvent que l'admirer du lointain.
Elle exerce sur eux son étrange attraction,
Soupirants réduits à l'impuissance, vassaux désabusés.
Leur loyauté est d'une pureté inégalée.
Elle nourrit une vie secrète,
Nul ne sait où cycliquement elle se retire.
Certains parlent d'un chagrin d'amour oublié,
Qui l'a marquée du sceau d'une mélancolie infinie.
mercredi 21 décembre 2011
Marie, Episode 5 : divagations
Elle arrive, essouflée, au bord des quais de Seine, surprise de constater où ses pérégrinations l'ont à son insu menée. Les rues sont animées. Les terrasses des cafés bordant le fleuve projettent leurs lumières dans l'onde calme et plate, toujours égale à elle-même. Un ronronnement se fait entendre, celui que produisent tous ces gens, à la fois si proches et si loin d'elles, qui se sont retrouvés là, dans ces lieux de la vie nocturne. Des éclats de voix, des rires invétérés lui parviennent, sans que cela produise quelque effet en elle, elle qui se sent si étrangère à tout...
Il n'est pas si tard que ça. Minuit, une heure du matin peut-être? Elle regarde sa montre : vingt-trois heures. Un désespoir la prend, à la conscience du temps qui ne passe pas pour elle. Elle pensait s'être réveillée en pleine nuit, mais non : celle-ci commence à peine. Attendre, encore, que s'égrainent lentement les minutes, les heures dépeuplées.
Les propos de son amie tourbillonnent dans sa tête. Le souvenir de cette conversation oubliée ne l'a plus quitté depuis sa réminiscence. La scène se répète inlassablement. Sa course folle à travers la nuit n'aura été qu'une trêve de courte durée.
"Tu ne t'intéresses à rien d'autre qu'à tes bouquins", lui a dit Camille. Bouquin. Elle déteste ce mot, bouquin. D'abord parce que sa consonance nasillarde lui est désagréable. Ensuite parce qu'il est laid, moqueur, parce qu'il ternit et salit presque ce qu'il désigne. Bouquin. Elle lui trouve un aspect grotesque, ridicule, du fait de sa ressemblance avec le terme "bouquetin". Animal agile, certes, mais sans être gracile, et qui surtout dégage une odeur âcre d'excréments. Quelle horreur ! Elle frissonne. C'est une véritable injure à ses livres qu'elle affectionne tant. A la réflexion, c'est peut-être ce qui l'a le plus intimement blessée dans cette conversation, que ce mot "bouquin", vécu comme une injure, une humiliation et une méconnaissance totale de ce qui l'anime.
Les livres sont la vraie vie, pense-t-elle. Ils sont la vie rêvée, celle que l'imagination permet, tellement plus importante que les tracas du quotidien, parce qu'elle est ce qui la rapproche le plus de ses aspirations. Jamais elle n'est parvenue à une si grande connaissance, à une si grande compréhension de la vie, des autres, d'elle-même, qu'au-travers des oeuvres de fictions. Ces histoires la transportent parce que derrière la trame narrative est livrée l'analyse parfois intuitive que fait l'auteur des évènements, des vécus, des coïncidences, des rencontres, de ce qui fait le sens de l'existence. La lecture est pour elle une expérience totale. Elle s'y abîme, s'y oublie complètement. S'imprégnant de la vie des autres, elle fait de longs et merveilleux voyages. Elle habite alors un autre corps, d'autres lieux, épouse avec une déconcertante facilité une identité nouvelle, une intimité autre. Jamais, dans la vie réelle, elle n'a tant vibré, tant aimé, tant rit, tant pleuré même. Les émotions que lui procurent ses lectures sont d'une intensité jamais égalée, d'une pureté sans pareille. Son existence à elle est faite de ressentis, parfois très forts, mais le plus souvent ténébreux, informes, inconnus, incompréhensibles, se manifestant par un mal-être de degré variable, duquel elle se protège par une indifférence généralisée à tout ce qui l'entoure. Ces récits écrits par d'autres donnent une forme à ses sensations, modèlent ses impressions. Ils la rassurent, parce qu'ils lui indiquent que penser, que croire, que faire. Elle n'a qu'à s'y fier aveuglément et laisser son imagination s'en emparer totalement. C'est alors qu'images, sons, odeurs, l'emplissent et lui font oublier complètement sa propre existence, à laquelle elle accorde si peu de crédit.
vendredi 16 décembre 2011
Mélancolie
Douce mélancolie
Lentement s'insinue
En armes retenues.
Habillée de supersititions infimes,
J'en bois le fiel jusqu'à la lie...
En infirme se mue l'intime.
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