Citations

"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement

"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia

jeudi 12 janvier 2012

Over you

I wanna be all over you
But you look at me like you've put a restraining order at me
You do know you've got dangerous eyes, don't you?
Don't point them directly at me
Be carefull with my heart
I may look strong but i'm really weak on the inside.

Baisers

Baisers égarés, disséminés, éparpillés,
Baisers dévoilés, désemparés, insensés,
Baisers incongrus, éperdus, répandus,
Se dispersent sans retenue.

Règne nocturne

Tapie derrières les volutes noires ourlées de velours,
Dans les plis et circonvolutions des rideaux d'une étrange scène,
Elle gît, majesteuse,
Ronde et acerbe, moqueuse et dédaigneuse.
De sa froide lumière elle aiguise sa couche aérienne, nuages accumulés
comme autant de coussins dont elle marque les contours
du sceau de son éclat métallique réfléchi, réverbéré à l'infini.

Les soirs où elle daigne paraître, elle observe l'arène où évoluent les hommes,
contemple, indifférente, leur misère, leurs déboires, leurs égarements.
Tout à la fois spectatrice et actrice,
A leur insu elle guide leurs gestes.
Eléments et êtres vivants se plient à ses injonctions.

Lointaine, nul ne peut l'approcher,
Pas même les astres qu'elle tient à juste distance.
Comme les hommes, ils ne peuvent que l'admirer du lointain.
Elle exerce sur eux son étrange attraction,
Soupirants réduits à l'impuissance, vassaux désabusés.
Leur loyauté est d'une pureté inégalée.

Elle nourrit une vie secrète,
Nul ne sait où cycliquement elle se retire.
Certains parlent d'un chagrin d'amour oublié,
Qui l'a marquée du sceau d'une mélancolie infinie.



mercredi 21 décembre 2011

Marie, Episode 5 : divagations



Elle arrive, essouflée, au bord des quais de Seine, surprise de constater où ses pérégrinations l'ont à son insu menée. Les rues sont animées. Les terrasses des cafés bordant le fleuve projettent leurs lumières dans l'onde calme et plate, toujours égale à elle-même. Un ronronnement se fait entendre, celui que produisent tous ces gens, à la fois si proches et si loin d'elles, qui se sont retrouvés là, dans ces lieux de la vie nocturne. Des éclats de voix, des rires invétérés lui parviennent, sans que cela produise quelque effet en elle, elle qui se sent si étrangère à tout...
Il n'est pas si tard que ça. Minuit, une heure du matin peut-être? Elle regarde sa montre : vingt-trois heures. Un désespoir la prend, à la conscience du temps qui ne passe pas pour elle. Elle pensait s'être réveillée en pleine nuit, mais non : celle-ci commence à peine. Attendre, encore, que s'égrainent lentement les minutes, les heures dépeuplées. 


Les propos de son amie tourbillonnent dans sa tête. Le souvenir de cette conversation oubliée ne l'a plus quitté depuis sa réminiscence. La scène se répète inlassablement. Sa course folle à travers la nuit n'aura été qu'une trêve de courte durée.
"Tu ne t'intéresses à rien d'autre qu'à tes bouquins", lui a dit Camille. Bouquin. Elle déteste ce mot, bouquin. D'abord parce que sa consonance nasillarde lui est désagréable. Ensuite parce qu'il est laid, moqueur, parce qu'il ternit et salit presque ce qu'il désigne. Bouquin. Elle lui trouve un aspect grotesque, ridicule, du fait de sa ressemblance avec le terme "bouquetin". Animal agile, certes, mais sans être gracile, et qui surtout dégage une odeur âcre d'excréments. Quelle horreur ! Elle frissonne. C'est une véritable injure à ses livres qu'elle affectionne tant. A la réflexion, c'est peut-être ce qui l'a le plus intimement blessée dans cette conversation, que ce mot "bouquin", vécu comme une injure, une humiliation et une méconnaissance totale de ce qui l'anime. 
Les livres sont la vraie vie, pense-t-elle. Ils sont la vie rêvée, celle que l'imagination permet, tellement plus importante que les tracas du quotidien, parce qu'elle est ce qui la rapproche le plus de ses aspirations. Jamais elle n'est parvenue à une si grande connaissance, à une si grande compréhension de la vie, des autres, d'elle-même, qu'au-travers des oeuvres de fictions. Ces histoires la transportent parce que derrière la trame narrative est livrée l'analyse parfois intuitive que fait l'auteur des évènements, des vécus, des coïncidences, des rencontres, de ce qui fait le sens de l'existence. La lecture est pour elle une expérience totale. Elle s'y abîme, s'y oublie complètement. S'imprégnant de la vie des autres, elle fait de longs et merveilleux voyages. Elle habite alors un autre corps, d'autres lieux, épouse avec une déconcertante facilité une identité nouvelle, une intimité autre. Jamais, dans la vie réelle, elle n'a tant vibré, tant aimé, tant rit, tant pleuré même. Les émotions que lui procurent ses lectures sont d'une intensité jamais égalée, d'une pureté sans pareille. Son existence à elle est faite de ressentis, parfois très forts, mais le plus souvent ténébreux, informes, inconnus, incompréhensibles, se manifestant par un mal-être de degré variable, duquel elle se protège par une indifférence généralisée à tout ce qui l'entoure. Ces récits écrits par d'autres donnent une forme à ses sensations, modèlent ses impressions. Ils la rassurent, parce qu'ils lui indiquent que penser, que croire, que faire. Elle n'a qu'à s'y fier aveuglément et laisser son imagination s'en emparer totalement. C'est alors qu'images, sons, odeurs, l'emplissent et lui font oublier complètement sa propre existence, à laquelle elle accorde si peu de crédit.

vendredi 16 décembre 2011

Mélancolie



Douce mélancolie

Lentement s'insinue

En armes retenues.




Habillée de supersititions infimes,

J'en bois le fiel jusqu'à la lie...

En infirme se mue l'intime.

vendredi 25 novembre 2011

Hector, Episode 1

Dans l'ombre invisible et clémente, il s'avance. Il soupire après cette femme depuis si longtemps que c'en est devenu indécent. La voici, légère et fruitée, presque à sa portée, si lointaine cependant... Comme à l'habitude, elle ne le voit pas. Un an maintenant qu'il la suit, la piste, la traque jusque dans le moindre recoin de ses habitudes. Il sait tout d'elle, elle ignore jusqu'à son existence même. Quelle folie... Lui qui était si calme, si placide, si rangé, et dont le coeur battait juste ce qu'il fallait pour irriger son organisme.
La voici qui ferme sa voiture à clé et se dirige vers l'ascenseur qui la mènera à l'air libre, et libérera ses poumons des vapeurs de gaz d'échappement et d'essence - et, soyons honnête, d'urine ! - qui émanent du parking. 
"C'est le moment !", se dit-il. 

mercredi 23 novembre 2011

Did you feel the same?

I liked you the very first time I saw you,
Your look and your smile made me melt inside,
How glad was I when you took interest in me...
Did you feel the same?

Liked you even more the second time,
Was so troubled when I looked at you in the eyes,
But how delightful and exciting it was...
Did you feel the same?

Loved our very first night, being so close,
Feeling your body and your warmth against me,
You being here was the only thing I was wishing for...
Did you feel the same?

And how sweet was our second night,
It felt so good when you hold me in your arms
That I couldn't get any sleep this time either...
Did you feel the same?

I feel right, I feel light, I feel free
I feel strong, I feel touched, I feel warm
I'm falling for you, are you falling for me too?

You know you have killing eyes
So be carefull with my heart.