Citations

"Par-delà toutes les raisons sociales et psychologiques que je peux trouver à ce que j'ai vécu, il en est une dont je suis sûre plus que tout : les choses me sont arrivées pour que j'en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres."
Annie Ernaux, L'évènement

"Si je ne pensais pas que la mission d'un écrivain est d'analyser sincèrement ce qu'il éprouve dans les graves circonstances de la vie, et si je ne me proposais pas un but que je crois utile, je m'arrêterais ici, et je n'essaierais pas de décrire ce que j'éprouvais ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives."
Gérard de Nerval, Aurélia

mercredi 21 décembre 2011

Marie, Episode 5 : divagations



Elle arrive, essouflée, au bord des quais de Seine, surprise de constater où ses pérégrinations l'ont à son insu menée. Les rues sont animées. Les terrasses des cafés bordant le fleuve projettent leurs lumières dans l'onde calme et plate, toujours égale à elle-même. Un ronronnement se fait entendre, celui que produisent tous ces gens, à la fois si proches et si loin d'elles, qui se sont retrouvés là, dans ces lieux de la vie nocturne. Des éclats de voix, des rires invétérés lui parviennent, sans que cela produise quelque effet en elle, elle qui se sent si étrangère à tout...
Il n'est pas si tard que ça. Minuit, une heure du matin peut-être? Elle regarde sa montre : vingt-trois heures. Un désespoir la prend, à la conscience du temps qui ne passe pas pour elle. Elle pensait s'être réveillée en pleine nuit, mais non : celle-ci commence à peine. Attendre, encore, que s'égrainent lentement les minutes, les heures dépeuplées. 


Les propos de son amie tourbillonnent dans sa tête. Le souvenir de cette conversation oubliée ne l'a plus quitté depuis sa réminiscence. La scène se répète inlassablement. Sa course folle à travers la nuit n'aura été qu'une trêve de courte durée.
"Tu ne t'intéresses à rien d'autre qu'à tes bouquins", lui a dit Camille. Bouquin. Elle déteste ce mot, bouquin. D'abord parce que sa consonance nasillarde lui est désagréable. Ensuite parce qu'il est laid, moqueur, parce qu'il ternit et salit presque ce qu'il désigne. Bouquin. Elle lui trouve un aspect grotesque, ridicule, du fait de sa ressemblance avec le terme "bouquetin". Animal agile, certes, mais sans être gracile, et qui surtout dégage une odeur âcre d'excréments. Quelle horreur ! Elle frissonne. C'est une véritable injure à ses livres qu'elle affectionne tant. A la réflexion, c'est peut-être ce qui l'a le plus intimement blessée dans cette conversation, que ce mot "bouquin", vécu comme une injure, une humiliation et une méconnaissance totale de ce qui l'anime. 
Les livres sont la vraie vie, pense-t-elle. Ils sont la vie rêvée, celle que l'imagination permet, tellement plus importante que les tracas du quotidien, parce qu'elle est ce qui la rapproche le plus de ses aspirations. Jamais elle n'est parvenue à une si grande connaissance, à une si grande compréhension de la vie, des autres, d'elle-même, qu'au-travers des oeuvres de fictions. Ces histoires la transportent parce que derrière la trame narrative est livrée l'analyse parfois intuitive que fait l'auteur des évènements, des vécus, des coïncidences, des rencontres, de ce qui fait le sens de l'existence. La lecture est pour elle une expérience totale. Elle s'y abîme, s'y oublie complètement. S'imprégnant de la vie des autres, elle fait de longs et merveilleux voyages. Elle habite alors un autre corps, d'autres lieux, épouse avec une déconcertante facilité une identité nouvelle, une intimité autre. Jamais, dans la vie réelle, elle n'a tant vibré, tant aimé, tant rit, tant pleuré même. Les émotions que lui procurent ses lectures sont d'une intensité jamais égalée, d'une pureté sans pareille. Son existence à elle est faite de ressentis, parfois très forts, mais le plus souvent ténébreux, informes, inconnus, incompréhensibles, se manifestant par un mal-être de degré variable, duquel elle se protège par une indifférence généralisée à tout ce qui l'entoure. Ces récits écrits par d'autres donnent une forme à ses sensations, modèlent ses impressions. Ils la rassurent, parce qu'ils lui indiquent que penser, que croire, que faire. Elle n'a qu'à s'y fier aveuglément et laisser son imagination s'en emparer totalement. C'est alors qu'images, sons, odeurs, l'emplissent et lui font oublier complètement sa propre existence, à laquelle elle accorde si peu de crédit.

vendredi 16 décembre 2011

Mélancolie



Douce mélancolie

Lentement s'insinue

En armes retenues.




Habillée de supersititions infimes,

J'en bois le fiel jusqu'à la lie...

En infirme se mue l'intime.

vendredi 25 novembre 2011

Hector, Episode 1

Dans l'ombre invisible et clémente, il s'avance. Il soupire après cette femme depuis si longtemps que c'en est devenu indécent. La voici, légère et fruitée, presque à sa portée, si lointaine cependant... Comme à l'habitude, elle ne le voit pas. Un an maintenant qu'il la suit, la piste, la traque jusque dans le moindre recoin de ses habitudes. Il sait tout d'elle, elle ignore jusqu'à son existence même. Quelle folie... Lui qui était si calme, si placide, si rangé, et dont le coeur battait juste ce qu'il fallait pour irriger son organisme.
La voici qui ferme sa voiture à clé et se dirige vers l'ascenseur qui la mènera à l'air libre, et libérera ses poumons des vapeurs de gaz d'échappement et d'essence - et, soyons honnête, d'urine ! - qui émanent du parking. 
"C'est le moment !", se dit-il. 

mercredi 23 novembre 2011

Did you feel the same?

I liked you the very first time I saw you,
Your look and your smile made me melt inside,
How glad was I when you took interest in me...
Did you feel the same?

Liked you even more the second time,
Was so troubled when I looked at you in the eyes,
But how delightful and exciting it was...
Did you feel the same?

Loved our very first night, being so close,
Feeling your body and your warmth against me,
You being here was the only thing I was wishing for...
Did you feel the same?

And how sweet was our second night,
It felt so good when you hold me in your arms
That I couldn't get any sleep this time either...
Did you feel the same?

I feel right, I feel light, I feel free
I feel strong, I feel touched, I feel warm
I'm falling for you, are you falling for me too?

You know you have killing eyes
So be carefull with my heart.

Come to me

If you feel me around when I'm not there
If you can hear my voice in the silence
If you see me smiling in the dark
Come to me my darling, come to me my love.

If you hear me crying in the cold, cold night
If you hear me calling you in despair
If you know i'm no good when I'm away from you
Please come to me my darling, please come to me my love.

If you ever feel sad or hurt or lonely,
If you ever need a place nice and quiet
A caring and discreet presence to rely on
Come to me my darling, come to me my love

Let me heal your bruises and take your pain away
Being there for you is the only thing I'm good at
Being there with you is the only thing I'm longing for
Let me come to you my darling, let me come my love.

Break-up

He pops up into my mind
First thing in the morning,
And yet he's gone.
Miss him so bad everyday,
Feeling so sad and miserable,
And yet he's gone.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

And I keep wondering
If he ever thinks about me...
I thought I was special to him,
Obviously I was just fooling myself.
When it hurts too bad I take a razorblade
And cut my skin, wishing it was his.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

Although he wasn't the good-looking type,
At the time it felt right, warm and safe.
He had the face of an asshole,
His body was a wreck, flesh all flabby
And skin spreading everywhere,
At the time I was proud not to care.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

I felt so confident right away
Thought he was caring and attentive
When he was being overwhelmingly intrusive.
He acted like he knew everything
About me, my life, my choices
Like he could read my mind.

I can't believe I'm still crying,
I can't believe he's gone for real.

He was so self-assured and arrogant,
I felt so little around him,
Awfull, empty, meaningless,
Let him took away so much.
He brought the fragility out of me...
Well, he really fucked me up.

I can't believe I'm still crying
I can't believe he's gone for real.

And now that he's gone
I found my old self back.
Me, myself and I, we get along
Quite well, and life's good again.
Desire, hope, enlightenment,
I do enjoy myself.

I can't believe I was crying
I'm so much better off without him.

And I'm the one with problems
Guess what, I bet you'll never fuck
Someone as hot as I am.
I wish you years of shitty sex
Hope you'll be bored to death
And have to think about me to come.

I can't believe I was crying
Over such a failure.

vendredi 18 novembre 2011

Déliquescence

L'ombre d'une flamme lèche l'aura
Encore dorée d'un ange déchu
Qui, par de derniers soubressauts mû,
Tente en vain de rassembler ses éclats.

En tourbillons intérieurs il s'abîme,
Ineffable douleur d'une tristesse contenue,
Ne montrant que des signes infimes
D'un mal qui se voudrait sans retenue.

Inerte et infirme de son être,
La colère le hante et le ronge.
Il s'en imbibe tel une éponge
Mais n'en laisse rien paraître.

Il n'a pu l'endiguer et elle a fuit par ses pores
Cette haine qui l'habite et le dévore,
A sa propre perte le menant
Et sa chute précipitant.

Terrassée par son propre tourment,
Son âme intimement souillée convulse,
Et, vouée à un éternel étourdissement,
Du chaton où elle était sertie se révulse.

Je contemple cet ange foudroyé
Par son destin, rabaissé au rang humain.
Je songe aux peines qu'il a endurées
Et pleure en songeant à ses lendemains.